Où l'on voit comment les indépendantistes ont repassé la patate chaude à Madrid

Le pire a été évité. Il ne devrait probablement pas y avoir d’épreuve de force immédiate mais rien n’est résolu car il faudrait maintenant que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, sache se montrer encore plus habile que le chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, l’a été hier.

Indépendantiste depuis son plus jeune âge, Carles Puigdemont a réussi, hier, le tour de force de réaffirmer le droit à l’indépendance de la Catalogne en s’appuyant sur les résultats du référendum du 1ier octobre tout en proposant, c’était son mot, de « suspendre » la mise en œuvre de cette déclaration d’indépendance qu’il n’a au demeurant pas formellement faite afin, a-t-il dit, d’entamer des discussions et de parvenir à une solution négociée dont il n’a pas précisé la nature.

Ce discours, c’était tout et son contraire. Chacun pouvait y entendre ce qu’il souhaitait tant était absolue son ambigüité et le gouvernement espagnol ne s’y est pas trompé en faisant qualifier « d’inacceptable » par son porte-parole une « déclaration implicite d’indépendance ensuite suivie d’une suspension explicite ». C’était bien vu. L’indépendance était implicite mais sa suspension tellement explicite que Madrid aurait maintenant du mal à brandir le feu nucléaire d’une administration directe de la Catalogne au mépris de l’autonomie dont elle bénéficie aujourd’hui.

Ce que Carles Puigdemont vient de dire à Mariano Rajoy, c’est qu’il devait désormais accepter les discussions auxquelles il se refusait jusqu’à présent, qu’il se donnerait le mauvais rôle en ne le faisant pas et qu’il n’avait plus de raison d’en refuser l’ouverture puisqu’il n’y avait pas de déclaration d’indépendance, en tout cas pas explicite.

C’était du cousu main, mais que peut maintenant faire le président du gouvernement espagnol qui réunit ses ministres dans trois quarts d'heure?

Il ne lui est pas possible de négocier ouvertement avec les indépendantistes. Même s’il le voulait, il ne le pourrait pas car sa base, la droite espagnole, ne le lui permettrait pas. Il ne pourrait pas non plus recourir à la force sans s’exposer à de grands risques car le discours d’hier ne le justifierait pas et l’on en revient ainsi à ce qui est l’évidence depuis le début de cette crise.

Entre Espagnols et Catalans ou, plus exactement, entre adversaires et partisans d’une indépendance, il faut une médiation permettant d’arriver à un compromis qui serait l’indépendance dans l’interdépendance et sur lequel les Catalans auraient ensuite à se prononcer par référendum, mais légal cette fois-ci.

Si l’on en arrivait à cela, il n’y aurait pas de fracture de l’Espagne car les électeurs la rejetteraient mais, pour y arriver, il faut que les capitales européennes offrent, fût-ce discrètement, leurs bons offices. Il n’y a pas un jour à perdre car la mèche reste allumée.

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