Le Sommet de la Francophonie se tient aujourd’hui et demain en Arménie, et doit élire à sa tête la Ministre rwandaise Louise Mushikiwabo, un choix contesté pour lequel le Président français a pesé de tout son poids.

Louise Mushikiwabo, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda, et probable Secrétaire Générale de la Francophonie, lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York en septembre 2018.
Louise Mushikiwabo, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda, et probable Secrétaire Générale de la Francophonie, lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York en septembre 2018. © AFP / Ludovic MARIN / AFP

La bataille d’Erevan n’aura pas lieu. Le Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie s’annonçait chaud, avec deux candidates rivales pour le poste de Secrétaire Général, opposant, de fait, la France et le Canada. Mais au dernier moment, la diplomatie l’a emporté : le Canada et sa province du Québec ont préféré éviter les divisions et ont offert la victoire à Emmanuel Macron.

C’est une victoire pleine d’ambiguïtés que remporte ici le président français. Emmanuel Macron a pris tout le monde francophone de court, au printemps, en décidant de soutenir la candidature de la Ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, pour la direction de la Francophonie. 

Michaëlle Jean, la titulaire canadienne du poste, était certes très critiquée ; mais le fait accompli français a déplu, et jusqu’à mardi, le Canada et le Québec continuaient de soutenir leur candidate à un second mandat.

Soutenue par Paris et par une grande partie de l’Afrique, Louise Mushikiwabo est donc assurée de la victoire. Mais en privé, beaucoup s’interrogent sur le choix de la ministre rwandaise, qui n’allait pas de soi.

Ancienne colonie belge, donc francophone, le Rwanda a choisi de tourner le dos à la langue française après la prise de pouvoir du FPR, le mouvement de son actuel président, Paul Kagame. Il avait même adhéré au Commonwealth pour bien montrer qu’il prenait ses distances avec la France, accusée d’avoir été du côté des tueurs lors du génocide de 1994. A Paris, à l’époque, cette grille de lecture anglophones contre francophones avait même aveuglé les dirigeants français et conduit à de fatales erreurs.

Mais c’est aussi la nature autoritaire du régime de Paul Kagame, et donc de sa ministre des Affaires étrangères, qui est contesté, avec une face sombre sur les droits de l’homme et la liberté de la presse.

Avec Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF, il y a peu de chances de voir l’organisation francophone remplir la part de son mandat en faveur des droits de l’homme.

Avec ce choix, le Président français fait un pari qui va bien au-delà de l’organisation de la Francophonie. Il cherche d’abord à faciliter une réconciliation avec le Rwanda, avec lequel les relations sont exécrables depuis près de 25 ans en raison du rôle de la France dans cette période. 

Emmanuel Macron a reçu en mai à Paris l’influent Président rwandais Paul Kagame, auprès duquel il joue la carte d’une nouvelle génération politique, sans lien avec les pages troubles de la Françafrique.

Mais Emmanuel Macron a surtout l’ambition de remettre Paris au cœur du jeu africain, convaincu qu’une partie de l’avenir de la France se joue là. Or la France a en partie perdu pied en Afrique face, notamment, à la Chine, et souffre encore des pesanteurs de son passé.

La reconquête de l’Afrique vaut bien, aux yeux d’Emmanuel Macron, de faire le pari risqué d’une élection controversée à Erevan.

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