Le bilan d’étape n’est pas du tout réjouissant. Cinq ans après le 11 septembre, l’Islam radical n’a pas cessé de marquer des points. Après Manhattan, il y eut Madrid, Londres, bien d’autres attentats encore et, fondée ou pas, la crainte des explosifs liquides embouteille les aéroports. Non seulement la « guerre contre le terrorisme » n’est pas gagnée mais les mesures de sécurité qu’elle suscite font reculer les libertés et ralentissent les échanges, menacent, à la fois, l’économie et la démocratie, et ce n’est pas le pire. En Afghanistan, les taliban relèvent la tête car, à l’heure du libéralisme triomphant, les Occidentaux n’ont pas su leur opposer un contre modèle aussi attirant que l’Etat providence l’avait été, face au communisme. En Irak, où Georges Bush avait rêvé d’aller créer une vitrine occidentale, un Berlin-Ouest des temps islamistes qui allait susciter une « contagion démocratique » dans tout le Proche-Orient, le problème est le même, mais lourdement aggravé des invraisemblables erreurs que les Etats-Unis ont ajouté au risque de leur pari. Les Américains n’ont fait qu’installer le chaos en Irak et l’on en était là, 3-0 en faveur de l’Islam radical, quand l’Iran est entré en lice. Sans plus rien avoir à craindre d’une Amérique trop embourbée à Bagdad pour aller les affronter, sûrs de leurs frontières maintenant que Georges Bush les a obligeamment débarrassés de Saddam et des Taliban, les Iraniens se sont lancés dans leur défi nucléaire avant d’aller battre Israël au Liban par Hezbollah interposé. Là, ce n’est pas 4-0. C’est un total bouleversement de la donne qui rapproche les deux islamismes, sunnite et chiite, affaiblit les régimes arabes, radicalise toute la région et pourrait mener à une guérilla planétaire, non pas à une guerre frontale mais à des décennies de constants affrontements entre l’Islam et l’Occident. Ce danger devient on ne peut plus réel mais si l’Islam radical mène, aujourd’hui le jeu, où les points qu’il marque mènent-ils le monde musulman ? Beaucoup de ses jeunes militants croient que, d’attentats en défis, ils entraîneront l’Europe et les Etats-Unis dans une guerre d’usure qu’ils n’imaginent pas perdre car le nombre et la détermination des musulmans auront forcément raison, pensent-ils, de la décadence et de la pusillanimité occidentales. C’est ce rêve qui sous-tendait les attentats du 11 septembre. Oussama ben Laden les avait conçus pour réveiller l’Islam, pour lui redonner foi en sa force et précipiter l’Occident dans une suite d’erreurs qui se retourneraient contre lui. Le bilan d’étape ne dément malheureusement pas ce calcul mais, tandis que l’Asie décolle et que même l’Afrique bouge, l’islamisme paralyse toujours plus le Proche-Orient qui, lui, s’enfonce dans ses retards. Le pouvoir de nuisance de l’Islam radical est immense et le restera longtemps mais il ne crée rien, qu’illusions et malheur. Il évoluera, un jour, comme en Turquie ou finira par reculer, avant de perdre.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.