Fondation consacrée au resserrement des liens transatlantiques, le German Marshall Fund sonde, chaque année, les sentiments politiques profonds des Européens et des Américains. Publiée hier, l’enquête 2008 confirme une profonde évolution du regard des citoyens de l’Union sur le rôle international des Etats-Unis. Elle remonte à 2003, c’est-à-dire à la guerre d’Irak. Alors que 64% contre 31% des Européens considéraient, en 2002, comme souhaitable que Washington exerce un fort leadership sur les affaires du monde, ces pourcentages se sont inversés depuis avec, aujourd’hui, 59% des Européens ne le souhaitant plus contre 36% qui le souhaitent encore. A l’exception des Pays-Bas et du Royaume-Uni où l’opinion est plus divisée, ce sentiment est général dans l’Union – y compris, c’est à noter, en Pologne – et une autre évolution marquante se confirme parallèlement. Soixante-quinze pour cent des Européens, contre 19% seulement, souhaitent maintenant que l’Union exerce un tel leadership international. Ce pourcentage est moins élevé au Royaume-Uni (60%) mais très fort dans toute l’Union, avec une pointe à 86% en Allemagne, bien plus qu’en France. Plus étonnant encore, non seulement 68% des Américains, contre 23% seulement, sont également favorables, et depuis plusieurs années, à cette montée en puissance de l’Union sur la scène internationale mais il n’y a pas, bien au contraire, de poussée de l’antiaméricanisme en Europe. Georges Bush n’y est pas apprécié, ça non, pas du tout. John McCain ne l’est guère alors que Barack Obama enthousiasme toute l’Union (75% d’opinions favorables) mais, bien au-delà de ces différentes personnalités, les Européens restent très proches des Etats-Unis. Près des trois cinquièmes d’entre eux estiment qu’ils ont assez de valeurs en commun avec les Américains pour pouvoir coopérer avec eux dans les affaires du monde. C’est également le sentiment des deux tiers des Américains, encore plus chaleureux à notre égard que nous au leur, et 60% des Européens regardent l’Otan, le bras armé de l’Alliance atlantique, comme « toujours essentielle ». Ce pourrait être une pétition de principe, une simple absence de rejet, déjà notable en elle-même, mais ce n’est pas que cela. Lorsqu’on leur demande si tous les pays de l’Otan doivent fournir des troupes dès lors que l’Alliance décide d’une action militaire, 61% des Européens répondent que oui et la France, à 62%, se trouve dans l’exacte moyenne alors que l’Allemagne, à 56%, est un peu moins catégorique dans sa réponse. Et quand on passe des grands principes aux préoccupations de chaque citoyen, elles sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique – la dépendance énergétique, la menace d’une crise économique majeure et le terrorisme international – avec une seule différence marquée, le réchauffement climatique qui inquiète plus les Européens que les Américains (82% contre, tout de même, 67%). L’Europe et les Etats-Unis ne s’éloignent pas. C’est l’Union qui s’affirme, comme en vient de le voir dans la crise géorgienne.

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