Avec 50% d’indécis, on ne sait pas pour qui voteront demain les Néerlandais. Les partis nationalistes ou les plus critiques vis-à-vis des politiques d’austérité aujourd’hui conduites par l’Union européenne peuvent opérer une remontée après avoir eu puis perdu la faveur des électeurs. Les formations les plus favorables à un rétablissement des équilibres budgétaires et à une poursuite de l’aide apportée aux pays européens les plus fragilisés pourraient bien confirmer, à l’inverse, la remontée qu’ils viennent d’opérer dans les sondages mais, quels que soient les résultats de ces législatives, c’est aux Pays-Bas que l’ampleur du divorce entre les Européens et l’Europe est plus visible.

Voilà un pays qui fut durant des siècles le plus tolérant d’Europe, qui avait naturellement compté parmi les membres fondateurs de ce qui est devenu l’Union et qui a désormais changé du tout au tout. Les Pays-Bas sont désormais le pays d’Europe où l’islamophobie est la plus profondément ancrée, où la crainte d’une perte d’identité nationale est devenue un sujet de débat permanent porté par de solides intellectuels et où le rejet de l’Europe grandit toujours plus depuis que les Néerlandais avaient, comme les Français, rejeté par référendum le projet de traité constitutionnel en 2005.

Ce n’est pas que tout se confonde et se mêle. Il y a, d’un côté, à l’extrême-droite nationaliste, des islamophobes devenus de plus en plus europhobes et, de l’autre, une gauche radicale qui refuse l’austérité et l’Europe qui la porte sans nullement faire des musulmans des boucs émissaires. Ces deux forces, le Parti pour la liberté et le Parti socialiste, sont évidemment différentes mais, dans l’opinion, leurs messages se rejoignent et se fondent dans un même rejet de ce qui n’est pas néerlandais, ne s’inscrit pas dans l’histoire de ce pays et pourrait conduire – c’est la crainte – à un retour sur l’évolution des mœurs et le niveau de protection sociale, la libération de la femme, les droits des homosexuels et l’Etat providence.

C’est un pays tolérant qui devient intolérant dans sa défense de la tolérance, un pays solidaire qui tend à refuser la solidarité européenne au nom de la solidarité nationale, un pays tellement perdu et devenu tellement ingouvernable qu’il en est à ses cinquièmes législatives en dix ans mais qu’il serait gravement erroné de considérer comme un cas à part. Les Pays-Bas ne sont, au contraire, qu’à la pointe d’un phénomène général en Europe où, partout, les extrêmes-droites autrefois libérales se recyclent dans la défense de la protection sociale, où les gauches radicales deviennent nationalistes par refus d’une mondialisation libérale dont l’Europe est, à leurs yeux, le cheval de Troie et où des opinions désarçonnées rêvent d’un retour aux Trente glorieuses, à ces années d’après-guerre où la croissance et le progrès social allaient de pair.

Partout, la nostalgie de ces temps révolus conduit à regretter les frontières, à rêver d’un retour à l’Etat nation et, souvent, très souvent, à rejeter l’étranger. Tant qu’il n’y aura pas de figures politiques pour expliquer les bouleversements du monde et dire que l’unité de l’Europe est au contraire son bouclier, cette dérive politique ne fera que s’accentuer et mener toujours plus à l’impasse.

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Shimon Pérès

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