A côté, la question israélo-palestinienne est un jeu d’enfants. On en connaît la solution même si l’on ne parvient pas à l’imposer alors que, dans l’affaire syrienne, on ne sait pas.

Une fenêtre s’est ouverte lundi. Elle pourrait bien vite se refermer car les Occidentaux ne veulent pas se contenter de bonnes paroles. Ils entendent bien que les promesses de destruction de l’arsenal chimique syrien soient actées par une résolution du Conseil de sécurité disant dans quels délais cela devrait être fait et imposant des sanctions, y compris militaires, si ces délais n’étaient pas respectés. Les Occidentaux veulent des engagements clairs et précis que les Russes ne paraissent pas, eux, vouloir exiger du régime de Damas mais faisons, pourtant, preuve d’optimisme et mettons les choses au mieux.

Le Conseil de sécurité arrive à un compromis sous quelques jours. Le démantèlement de l’arsenal syrien est vraiment mis en œuvre. Ce serait évidemment une bonne chose, mais ensuite ?

Les grandes puissances pourraient, ensuite, s’atteler à la recherche d’une solution de fond et c’est là que les ennuis commencent. Faut-il alors, comme le demande l’insurrection, que Bachar al-Assad se retire ou cède, en tout cas, ses pouvoirs à une personnalité neutre chargée d’organiser une transition ? Faut-il, au contraire, comme lui-même et son clan le disent, qu’il reste en place jusqu’à des élections, anticipées ou pas ? Tout risque de vite capoter sur cette question préliminaire car on ne voit pas comment le régime en place organiserait une transition menant inéluctablement à son éviction mais, bon, imaginons un compromis sur ce point. Parfait. Bravo ! Mais reste alors à savoir si la Syrie peut se survivre, comme Etat unitaire, dans ses actuelles frontières internationales.

Rien n’est moins sûr car, aujourd’hui, le pouvoir reste maître d’environ 40% du territoire national, l’insurrection en contrôle également 40% et les 20% restants sont toujours disputés entre les deux camps. Non seulement ni le pouvoir ni l’insurrection ne voudront céder un centimètre carré de ce qu’ils ont conquis ou préservé de haute lutte mais les ressentiments nés de cette guerre civile et des quarante trois années de dictature de la famille Assad et de domination de la minorité alaouite sur la majorité sunnite rendent tout idée de coexistence dans un même Etat profondément illusoire. La majorité sunnite veut préserver l’intégrité de la Syrie et la gouverner en vertu de sa majorité mais la minorité alaouite ne veut pas vivre sous un pouvoir sunnite. Les malheureux chrétiens ne savent plus à quel saint se vouer et les Kurdes se trouvent très bien dans l’autonomie qu’ils se sont, de fait, acquis, comme en Irak.

La logique voudrait donc que chacun vive chez soi, au mieux dans un semblant de fédération, mais le problème est que ces populations sont extrêmement imbriquées et que, si l’on revenait sur les frontières de la Syrie, celles de l’Irak, une autre mosaïque également issue du colonialisme, s’effondreraient à leur tour tandis que les Kurdes de Turquie se reprendraient à rêver de leur propre autonomie. La question syrienne est une question régionale et c’est pour cela qu’elle est loin d’être réglée.

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