Il y aura donc bien une troisième guerre d’Irak. C’est ce que Barack Obama a confirmé hier soir en annonçant qu’avec l’appui d’une vaste coalition internationale, les Etats-Unis allaient « détruire l’Etat islamique », qu’ils frapperaient cette organisation terroriste non seulement en Irak mais également en Syrie et que cette intervention aérienne conduirait les Américains à « armer » les forces modérées de l’insurrection syrienne qui allaient désormais bénéficier de bases d’entraînement en Arabie saoudite.

Horrifiée par la barbarie de l’Etat islamique, l’opinion américaine souhaitait massivement cette décision. Tous partis confondus, le Congrès l’appuie également. On ne peut que l’approuver car ce mouvement d’illuminés sanguinaires ne fait pas que semer la terreur et la mort en Irak mais menace aussi, très directement, la sécurité de l’Europe et des Etats-Unis. Face à l’Etat islamique, il aurait été impossible de rester bras croisés mais deux contradictions, passée et présente, pèsent sur cette intervention.

Elle n’aurait, d’abord, pas été nécessaire si les mises en garde de la France avaient été entendues, si les Etats-Unis n’avaient pas soudainement renoncé, il y a un an, à sanctionner militairement l’usage d’armes chimiques par le régime syrien et n’avaient pas ainsi ouvert la voie à l’essor de l’Etat islamique. C’est parce que les démocraties n’ont pas voulu soutenir l’insurrection syrienne que ses courants les plus modérés ont perdu du terrain face aux fanatiques, que ces fanatiques ont pu porter la guerre en Irak et qu’il faut maintenant mener cette intervention en l’appuyant, notamment, sur ces mêmes forces de l’insurrection syrienne qui combattaient l’Etat islamique depuis le début et auxquelles Barack Obama avaient eu le tort, contrairement à François Hollande, de refuser son soutien. C’est le passé, mais un passé qui pèsera demain quand surgira la tentation d’enrôler le régime syrien dans la coalition contre l’Etat islamique et de poignarder à nouveau l’insurrection à laquelle on fait maintenant appel.

Là n’est pourtant pas la plus grande ambiguïté de cette intervention qui va s’appuyer sur l’Etat irakien ou ce qui en reste. Sans son soutien, non seulement cette intervention serait vaine mais elle serait impossible, légalement impossible, puisque c’est à la demande du gouvernement de Bagdad que les aviations américaine et sans doute française interviendront.

On va ainsi soutenir un Etat irakien dont les Kurdes sont déjà sortis de fait et dont les deux autres communautés, sunnites minoritaires et chiites majoritaires, n’ont plus en commun que la méfiance et le ressentiment. Non seulement on va s’appuyer sur un pays éclaté qui n’est plus qu’une fiction mais on va le faire alors que le seul vrai moyen de briser l’Etat islamique serait d’en éloigner les sunnites qui ne soutiennent ces fanatiques que pour obtenir une complète autonomie si ce n’est leur indépendance. Sans doute n’y avait-il pas le choix mais cette ambiguïté-là pèsera très vite et très lourd.

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