Au coude à coude avec l’opposition dans les sondages à une semaine des élections, le premier ministre israélien tend la main aux colons en promettant des annexions, en violation du droit international.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou montre sur une carte, mardi 10 septembre, les zones palestiniennes promises à l’annexion s’il est réélu.
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou montre sur une carte, mardi 10 septembre, les zones palestiniennes promises à l’annexion s’il est réélu. © AFP / Menahem KAHANA / AFP

Benyamin Netanyahou fait monter les enchères pour remporter les élections générales de mardi prochain en Israël. A chaque jour son annonce : lundi, il mettait en scène des révélations sur la menace nucléaire iranienne ; hier, il a annoncé un projet d’annexion de la Vallée du Jourdain et d’autres territoires palestiniens près de la mer morte, soit jusqu’à un tiers de la Cisjordanie occupée depuis 1967.

Dans sa déclaration, le premier ministre israélien, qui est au coude à coude avec l’opposition dans les sondages, a appelé les électeurs à lui donner « un mandat clair » pour procéder à une telle expansion. Il l’avait déjà évoquée avant le scrutin précédent, mais avec moins de précision et d’engagement que dans l’annonce d’hier.

Ces annexions sont illégales au regard du droit international, et modifieraient considérablement l’équation israélo-palestinienne : elles empêcheraient une fois pour toutes la solution à deux États, déjà condamnée politiquement. 

Mais ça ne pèse pas lourd face à la nécessité politique du candidat Netanyahou. Et il sait qu’il bénéficie dans ce contexte de la protection de Donald Trump qui le soutient inconditionnellement.

Le Président américain a déjà légitimé l’annexion par Israël d’un autre territoire conquis en 67, le plateau du Golan syrien.

La cible est évidente : les électeurs des colonies juives dans les territoires occupés, qui sont tentés de voter pour d’autres formations que le Likoud de Netanyahou, des partis plus à droite encore.

Chaque voix compte pour Benyamin Netanyahou, car dans les derniers sondages, le Likoud, le parti historique de la droite israélienne, est à égalité avec la coalition centriste Kahol Lavan, dont le principal objectif est de le détrôner. 

Le parti qui arrivera en tête, même d’un cheveu, sera chargé de tenter de former une majorité gouvernementale. C’est ce qui s’était passé après le scrutin d’avril dernier, qui avait donné un léger avantage à Netanyahou. Mais la magie habituelle du premier ministre n’avait pas fonctionné. Plutôt que de laisser son rival Benny Gantz tenter sa chance, il a préféré dissoudre la Knesset et convoquer de nouvelles élections.

Netanyahou fait du Netanyahou, c’est-à-dire qu’il radicalise et polarise à l’approche du scrutin. Il soigne sa posture de leader expérimenté capable de faire face au Hamas, au Hezbollah et à l’Iran lui-même sans sourciller ; il flatte sa relation avec Trump, très populaire en Israël, et avec Poutine pour parler aux électeurs russophones ; et vient donc de dégainer la promesse de l’annexion.

En face, toutefois, il n’a pas des pacifistes dont il ne ferait qu’une bouchée. Les fondateurs de Kahol Lavan sont trois anciens chefs d’état-major, qui multiplient les critiques vis-à-vis d’un premier ministre cerné par la justice pour des délits éthiques.

Comme à chaque fois désormais, les élections se transforment en un référendum pour ou contre Netanyahou. Les électeurs devront dire stop ou encore. Stop à Benyamin Netanyahou, mais aussi, désormais, à son projet d’annexion à haut risque.

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