L’Union européenne menace Londres de sanctions si le gouvernement maintient son projet de loi contournant certaines clauses du Traité déjà conclu avec les « 27 ». Une rencontre hier à Londres s’est terminée sur un échec.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson cette semaine au Parlement, où il a déposé un projet de loi contournant certaines clauses du Traité avec l’Union européenne.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson cette semaine au Parlement, où il a déposé un projet de loi contournant certaines clauses du Traité avec l’Union européenne. © AFP / JESSICA TAYLOR / AFP / UK PARLIAMENT

Michael Howard, un ancien Président du Parti conservateur, aujourd’hui Lord, a pris la parole hier à la Chambre des Lords à Londres, et a interpelé le gouvernement : « comment pouvons-nous reprocher à la Russie, à la Chine ou à l’Iran de ne pas respecter les règles internationales quand nous montrons un tel mépris pour nos obligations liées à un Traité ? »

Cette apostrophe de la part d’un membre du même parti que le premier ministre Boris Johnson montre l’état de sidération dans lequel, une fois de plus, les méandres du Brexit plongent le Royaume Uni – mais aussi ses partenaires.

La journée d’hier a atteint un nouveau sommet qu’on croyait inimaginable, au point que la Commission européenne menace désormais le Royaume Uni de poursuites judiciaires et de sanctions si le gouvernement de Sa Majesté s’obstine à vouloir revenir sur les accords déjà signés. C’est du jamais vu, dans un dossier qui n’a pourtant pas manqué de rebondissements.

Le Royaume Uni, on s’en souvient, a quitté l’Union européenne le 31 janvier dernier, et vous pourriez être pardonné de penser que le Brexit était alors devenu réalité ! Il n’en était rien… Le Traité entre Londres et les « 27 » a permis cette première étape, mais doit être complété avant la fin de cette année d’un accord beaucoup plus vaste qui définira le cadre des relations futures.

Non seulement la négociation de ce texte fait du surplace et ouvre la perspective d’une sortie sans accord à la fin de l’année, le fameux « No deal » aux conséquences redoutables sur les échanges économiques ; mais, c’est le fait nouveau, Londres veut revenir sur certaines clauses de l’accord signé l’an dernier. C’est un projet de loi modifiant unilatéralement le Traité qui a mis le feu aux poudres.

Le vice-Président de la Commission européenne était hier à Londres pour une rencontre en urgence, à sa demande, avec le gouvernement britannique. L’échec de cette rencontre a entraîné la menace de sanctions si Londres ne revient pas sur sa décision. Il n’a pas fallu deux heures pour que Londres refuse tout net.

L’enjeu, une fois de plus, touche à l’Irlande du nord et à la libre circulation entre le nord et le sud de l’île, une condition-clé de la paix. 

Alors s’agit-il d’un grand bluff de Boris Johnson pour mieux négocier ? Il y a quelques jours, il faisait fuiter l’idée que le négociateur européen Michel Barnier était sur la touche, ce que l’intéressé est venu démentir à ce micro. Cette fois, il lance cette bombe politique en revenant sur ce Traité.

La seule réponse possible est celle des « 27 », c’est-à-dire une unité qui a résisté à toutes les épreuves là où Londres espérait des divisions. Et la certitude que si cette négociation s’achève en fracas, tout le monde en souffrira, mais le Royaume Uni plus que les autres. S’il reste un peu de bon sens à Londres, ce bluff prendra rapidement fin et les discussions sérieuses reprendront. Mais rien n’est moins sûr.

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