Un accord semble avoir été trouvé entre la Grèce et ses créditeurs hier, y compris dans un secteur très sensible : l'agriculture...

On a dit effectivement beaucoup de choses sur Athènes, mais on a rarement abordé un des problèmes les plus épineux du dossier : plus que l'agriculture, les agriculteurs grecs. Un sujet sensible que l'on connaît bien en France, l'actualité en témoigne.

Comme les Français, les Grecs sont très attachés à leur terroir. Ce n'est pas veau, vache, cochon, couvée là-bas, mais plutôt, chèvre, mouton, vignes et oliviers. On y met pas la poule au pot, mais plutôt la moussaka au four mais c'est le même attachement viscéral.

Tous les Grecs ont un bout de terre en héritage, quelques oliviers à visiter, un cousin aux champs et surtout des origines paysannes très récentes. Et puis, au delà de l'attachement sentimental à la campagne grecque, il y a la réalité économique.

Les agriculteurs grecs représentent plus de 13% de la population active. En proportion, ils sont quatre fois plus nombreux qu'en France. Autrement dit, en plus d'être aimé par les Grecs, ils sont une clientèle électorale choyée par les gouvernements successifs.

Relance : vous voulez dire qu'ils ont été épargnés par la crise ?

Très épargnés même : les neuf plans d'austérité depuis 2008 ont à peine égratigné leurs avantages fiscaux. Par exemple, ils ont un taux maximum d'impôts sur le revenu de 13%, contre 25% pour le reste de la population.

Et puis, ils ont des exemptions fiscales sur l'essence, sur les engrais, sur la propriété... sur tout. À priori, ces avantages fiscaux n'ont rien de scandaleux. Les agriculteurs français ont souvent les mêmes.

Sauf qu'en Grèce, le système est si avantageux que certains ont reniflé le filon. Je m'explique. Comme beaucoup de Grecs, vous possédez un lopin ou quelques oliviers au village. Il suffit de vous déclarer agriculteur pour bénéficier des avantages fiscaux.

Et comme les contrôles du fisc grec sont notoirement insuffisants, vous avez très peu de chance d'être sérieusement inquiété. Ou alors, comme souvent en Grèce, il y a toujours un moyen de s'arranger.

On estime que sur un total de 850 000 agriculteurs déclarés, seuls 350 000 travaillent la terre à plein temps. Ça ne veut pas dire qu'il y a un demi-million de fraudeurs parmi les paysans grecs. Mais ça donne une idée du problème.

Relance : Ces privilèges seront donc supprimés par l'accord d'hier ?

Pas entièrement : les exemptions sur le gasoil seront éliminées. L'impôt sur le revenu sera probablement revu à la hausse. Les contrôles fiscaux seront plus sévères. Mais, pour être juste, ce statut privilégié des agriculteurs grecs n'avait pas que des inconvénients.

Il a largement permis de protéger des milliers de petites exploitations familiales qui produisent des fruits, des légumes, des olives de très grande qualité. Les élevages sont souvent de petite taille et la viande incomparable.

Tous ceux qui connaissent la Grèce savent que les paysans y pratiquent le circuit court depuis toujours. Bref, l'agriculture grecque, avec ses milliers de producteurs de qualité, ses fromages incroyables, ses vins de terroir est souvent un rêve d'écolos.

L'Europe et le gouvernement grec ont donc raison de vouloir corriger des abus fiscaux, des privilèges indus. Mais il faut aussi faire attention à ne pas casser un secteur fragile, l'agriculture, qui en Grèce comme en France produit souvent le meilleur.

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