La Tunisie aura peut-être un candidat homosexuel pour la présidentielle de novembre prochain. Il est le candidat du parti libéral. Avocat près la Cour de cassation tunisienne, il est un ardent défenseur des droits humains et de la cause des homosexuels.

Mounir Baatour, décembre 2017, Tunis
Mounir Baatour, décembre 2017, Tunis © AFP / FETHI BELAID

La Tunisie aura peut-être un candidat homosexuel pour la présidentielle de novembre prochain... même si c'est loin d'être encore gagné pour Mounir Baatour : il fait pour le moment parti de la petite centaine de candidats annoncés. Il assure avoir réuni le nombre de parrainages nécessaires et il est le candidat d'un vrai parti, même marginal, le Parti libéral.

Qui est ce Mounir Baatour ?

Il est avocat près la Cour de Cassation tunisienne, c'est un défenseur des Droits humains et notamment d'une cause qui lui est chère : les homosexuels. Une vieille loi coloniale en interdit toujours la pratique en Tunisie.

Mounir Baatour a cofondé une association de défense des gays et lesbiennes, Shams. Une association que l'Etat tunisien a essayé de faire fermer, notamment parce qu'elle serait contraire à l'Islam. Peine perdue pour le moment : un tribunal l'ayant déclaré licite.

Une candidature de témoignage

Face aux poids lourds de la politique tunisienne, les islamistes d'Ennahda, Nidaa Tunes, le parti de l'ancien président Essebsi, ou ses héritiers, Mounir Baatour n'a effectivement aucune chance. Mais ce n'est pas le problème, ou disons plutôt le but.

Le but de Mounir Baatour est de modifier l'image des gays au sein d'une population conservatrice. Un sondage conduit par le Pew institute américain montrait qu'un petit 7% des Tunisiens acceptaient l'homosexualité. C'est quatre fois moins qu'en Algérie par exemple.

Il y a quelques jours, un autre candidat à la présidentielle, Kaïs Saïed, qui lui a des chances de l'emporter – il est pour le moment 2e dans les sondages – déclarait qu'à son avis, l'homosexualité était un « complot de l'étranger ». Il y a du boulot, donc.

Dans le monde arabe, l'homosexualité est parfois punie de mort...

Je vous le donne en mille : en Arabie saoudite, qui exécute pour homosexualité. Imitant en cela son voisin iranien. Partout ailleurs, l'homosexualité peut vous conduire en prison, pour des peines allant jusqu'à 14 années. En Tunisie c'est 3 ans maximum.

En février, un jeune homosexuel de 26 ans s'est retrouvé en prison alors qu'il était passé au commissariat pour s'être fait cambrioler. Le nombre de gays incarcérés a d'ailleurs augmenté en 2018 par rapport à 2017 : 127 contre 79 et même 56 en 2016.

Ces chiffres sont bien sûrs inquiétants, mais ils reflètent une autre réalité : le fait que la Tunisie est ce cas unique dans le monde arabe où des associations légales de défense des droits humains soutiennent ouvertement la dépénalisation de l'homosexualité.

La Tunisie est un Etat de droit...

On le sait, c'est le seul pays issus des « Printemps arabes » à avoir réussi sa transition démocratique. Aujourd'hui, une constitution solide a été approuvée, les élections y sont libres et vérifiées et la liberté d'expression est unique et précieuse dans la région.

Il reste maintenant à la Tunisie une deuxième épreuve démocratique. La démocratie n'est pas la dictature de la majorité. C'est la subtile combinaison d'une volonté populaire circonstancielle et d'une protection, elle pour le coup permanente, des minorités. Minorités ethniques, religieuses mais aussi sexuelles. C'est à cela qu'on juge du degré de démocratisation d'une société. 

Et ça commence par la visibilité au sein de partis, par exemple, ou par le biais d'une candidature à la présidence de la République tunisienne.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.