Une femme métisse de 55 ans, sénatrice de Californie et qui, en plus, cumule en sa personne les premières : 1ère candidate noire et asiatique au poste de vice-présidente après avoir été la deuxième femme de couleur jamais élue au Sénat des Etats-Unis.

Kamala Harris a été choisie par le candidat démocrate Joe Biden comme colistière dans la courses à la présidentielle américaine, face à Donald Trump
Kamala Harris a été choisie par le candidat démocrate Joe Biden comme colistière dans la courses à la présidentielle américaine, face à Donald Trump © AFP / Saul Loeb

C'est aussi une femme pressée : fille de migrants jamaïcain et indien, elle a avalé les élections et réélection notamment au poste de procureur de San Francisco, puis de procureur général de Californie pour enfin représenter son Etat au Sénat.

Élue sénatrice depuis deux ans, elle a tenté sa chance à la primaire démocrate remportée par Joe Biden. Elle s'en est retirée en décembre dernier sans acrimonie et avec réalisme pariant qu'une place sur le ticket présidentiel était à sa portée.

Qu'est ce qui la rendait si sûre d'elle ?

D'abord et avant tout, c'est une femme. Côté démocrate, après la candidature d'Hillary Clinton en 2016 et la prégnance des mouvements féministes comme « me too », difficile d'envisager un ticket entièrement masculin, surtout avec un Joe Biden de 77 ans.

Cette élection-là devait marquer la fin des « boys band » présidentiels. Barack Obama était noir, ce qui suffisait comme révolution pour faire oublier l'aspect testostéroné de son ticket ! Ensuite, Kamala Harris est une femme noire : c'est essentiel pour novembre !

L'Amérique qui votera dans 80 jours sort tout juste d'un vaste mouvement contre les discriminations et les violences policières après la mort, en juin, de George Floyd. De plus, il faut mobiliser les Noirs. Ce sera entre autre la mission de Kamala Harris.

Tout a l'air d'être impeccablement calculé 

C'est un peu le problème avec Kamala Harris : elle est parfaite et j'allais ajouter sans surprise. C'est ce qu'on appelle aux Etats-Unis un « safe choice ». Elle est par exemple connue en Californie comme détestant se prononcer sur les sujets controversés.

Elle a pour elle du charisme et un vrai talent médiatique – ce qui est indispensable. D'autant plus que Joe Biden risque – à cause de son âge – d'être le président d'un seul mandat et qu'elle devra être prête à tout moment à s'emparer du Bureau ovale.

De plus, avoir choisi la prudence et la compétence est aussi, pour Joe Biden, une façon de marquer un peu plus la différence avec Donald Trump. En clair, côté démocrate, on parie sur un président normal et une femme forte pour l'emporter en novembre.

Est-ce que ça suffira face à Donald Trump ?

A priori, si l'on regarde les sondages, c'est plutôt un pari gagnant : Joe Biden bénéficie d'une avance de 8 à 10 points sur le Donald depuis plusieurs mois. Ça n'était pas arrivé depuis la réélection de Bill Clinton en 1992 une telle constance !

Reste que cette avance commence à fléchir un peu : de quelques points. Notamment depuis quelques jours. C'est-à-dire depuis que Donald Trump a signé des ordonnances présidentielles extrêmement généreuses pour des millions d'Américains.

En quatre signature, le 45e président a prolongé une prime de 400 dollars par semaine pour des millions de chômeurs, il a en plus différé jusqu'après l'élection le paiement de l'impôt sur le revenu et même aidé des centaines de milliers de propriétaires bailleurs.

Il s'agit « d'argent magique », financé par une dette déjà colossale. Mais pour remporter l'élection présidentielle aux Etats-Unis, on n'échappe pas à l'axiome clintonien : « It's the economy, stupid ! », qu'on pourrait traduire par : « l'économie, sinon rien ».

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