Ce devait être - certains du moins l’avaient cru - le premier anniversaire de la démocratie irakienne. Un an après la chute de Saddam Hussein, on sait ce qu’il en est et la revue de presse mondiale de la BBC ne trouve à citer que des commentaires angoissés et désabusés, amers en un mot. Au Japon, les grands journaux en sont tous à refuser tout compromis avec les preneurs d’otage car trois Japonais ont été enlevés en Irak comme sept chinois hier soir par des groupes qui voudraient les échanger contre des concessions américaines. Aux Etats-Unis, le New York Times, le plus grand quotidien américain, résume la situation d’une phrase, la plus cruelle qui soit pour Georges Bush : « Ce dont nous avons désespérément besoin, écrit-il, c’est d’une mission claire, d’une stratégie de succès crédible, d’un plan de sortie moralement acceptable et d’un engagement international ». Le Washington Post conclue, lui, une longue enquête sur cette année irakienne en notant que si « le spectre des défis auxquels les Etats-Unis sont maintenant confrontés en Irak semblent presque s’être révélés d’un jour sur l’autre, ils constituent, en fait, une accumulation d’erreurs, de faux-pas et d’occasions manquées ». En Arabie saoudite, Ukaz, tranche le problème en quelques mots : « Maintenant que l’échec de leur plan de propagation de la démocratie est avéré, les Etats-Unis n’ont pas d’options » - une opinion que partage, en Israël, le Yediot Aharonot dont un éditorialiste demande : « Qui se souvient encore de cette vision que développait le Président Bush d’une démocratie régionale qui prendrait corps à Bagdad et Ramallah pour s’étendre aux autres pays arabes ? ». Plus accablé encore, le Haaretz, le quotidien de la gauche israélienne, fait lui un parallèle historique entre l’invasion du Liban par Israël et celle de l’Irak par Georges Bush. « Dans les deux cas, écrit-il, les chiites se sont réveillés et les armées d’invasion sont devenues des cibles. Nous nous sommes retirés sans avoir rien réussi et Bush est encore là-bas, pris dans une mer de sang dont il ne sortira rien de bon ». En Chine, le Quotidien du peuple parle d’un « effrayant bourbier », en estimant que « l’image de libérateur que l’Amérique s’était inventée s’est écroulée comme la statue de Saddam ». Nezavisimaya Gazeta, le meilleur des quotidiens russes, note que « Georges Bush a conduit les dirigeants arabes à craindre non pas le sort de Saddam mais une insurrection chiite de grande ampleur et une guerre civile susceptible de déborder les frontières de l’Irak ». En Espagne, ABC qualifie la situation d’« imprévisible » tandis que le Pais demande « un réexamen urgent de la présence militaire espagnole en Irak ». Der Standart, en Autriche, juge que « c’est dès le premier jour que la paix a été perdue, quand les vandales, les voleurs et les assassins se sont emparés de Bagdad ». Bild am Sonntag, enfin, en Allemagne, résume peut-être un sentiment général en écrivant qu’il est important d’être les amis des Américains mais que, précisément pour cette raison, il est peut-être aussi important de ne pas être ceux de Georges Bush ».

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