Huitième volet, ce matin, de cette histoire de l’unification européenne. Porteur de libertés à l’Est, l’effondrement soviétique a pris de court la Communauté européenne mais, dans les pires difficultés, elle réagit et passe une vitesse . Les défis créés par l’effondrement soviétiques étaient donc redoutables. Ils avaient, pourtant, un avantage. Par leur seule existence, ils obligeaient aussi à de nouvelles avancées de l’unification européenne pour contrer l’effet désagrégeant que l’unification allemande avait sur le couple franco-allemand, pour adapter les institutions communautaires à l’élargissement qui se profilait et pour compenser la réduction de la protection militaire des Etats-Unis qu’entraînerait inévitablement la fin de la menace soviétique - pour affirmer, en un mot, l’unité politique de l’Europe. A la veille d’un nouveau siècle qui allait être marqué par la toute puissance américaine et l’envol de nouveaux géants continentaux, Chine, Inde et Brésil un jour, il fallait faire face et l’Europe a relevé le défi. Ce ne fut pas le grand bond, loin de là, mais, sous pression, dans le discrédit que lui infligeait son incapacité structurelle à arrêter les tueries yougoslaves, malgré la persistance, surtout, du désaccord de fond entre partisans d’une Europe fédérale et ceux d’une simple union d’Etats, l’Europe a signé deux nouveaux Traités, Maastricht en 1992 et Amsterdam en 1997, qui allaient changer son visage. Comme elle l’avait envisagé dès 1972, la Communauté se fond dans une Union européenne et ce n’est pas qu’un changement de nom. Avec ces Traités, l’Union reconnaît une citoyenneté européenne qui vient s’ajouter à la citoyenneté nationale. Tout citoyen européen peut désormais participer aux élections municipales et européennes dans son pays de résidence. L’Union instaure - c’est le plus connu et le plus fort, à ce jour, des signes d’unité - une Union économique et monétaire fondée sur l’adoption par, douze de ses membres, d’une monnaie unique, l’euro, mise en circulation le 1er janvier 2002. L’Union jette les bases, encore bien trop timides mais fondamentales, d’une coopération en matières d’affaires intérieures et de Justice. Elle dit ainsi que, dès lors que disparaissent ses frontières intérieures, ses services de police et de justice se doivent d’agir ensemble dans la lutte contre la criminalité, la politique des visas et le contrôle de l’immigration. L’Union invente les « coopérations renforcées » qui permettront, comme cela s’était fait pour l’euro, à des Etats membres d’aller plus loin et plus vite dans des domaines de leur choix sans que les plus frileux ou les plus souverainistes ne puisent les bloquer. L’Union accroît les pouvoirs de son Parlement, de la représentation embryonnaire des citoyens pan-européens, en lui donnant, premièrement, la possibilité de rejeter un texte adopté par les Etats membres en Conseil des ministres et, deuxièmement, le droit d’élire, ou de ne pas élire, le Président de la Commission proposé par le Conseil européen, par les chefs d’Etat et de gouvernements des quinze. Sans le dire (le mot est tabou), l’Union affirme un début de fédéralisme et, logiquement, se dote de ses premiers instruments de Politique étrangère et de sécurité commune, avec la nomination d’un Haut représentant qui devrait maintenant devenir, si le projet de Constitution était ratifié, son ministre des Affaires étrangères, le chef de sa future diplomatie commune. Demain, la suite.

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