Le groupe qui revendique les attentats d’Alger n’est pas forcément lié à Al Qaëda. Il affirme l’être depuis qu’il s’est rebaptisé, fin janvier, « Organisation Al Qaëda au Maghreb islamique » après voir obtenu, dit-il, l’accord d’Oussama ben Laden mais, outre que personne ne sait si ben Laden est ou non vivant, le « Groupe salafiste pour la prédication et le combat », le GSPC, peut très bien n’avoir pris ce nouveau nom que pour s’inscrire dans un combat international et non plus seulement algérien. L’une et l’autre hypothèse sont plausibles mais cette incertitude n’est que secondaire au regard de la réalité qu’elle reflète. Avec, ou – plus vraisemblablement – sans liens organisationnels forts, une mouvance s’affirme dans tout l’Islam autour des idées et des objectifs originellement formulés par Oussama ben Laden. Très minoritaires mais présents au Proche-Orient, en Afrique du Nord, en Asie et jusqu’en Europe, ses combattants croient dur comme fer que ce sont les brigades internationales de l’Islam qui ont défait l’Union soviétique en la battant en Afghanistan dans les années 80 et qu’elles pourront tout aussi bien défaire maintenant les démocraties occidentales, Etats-Unis en tête. Leur objectif est clair. Il est de repousser des terres d’Islam les Occidentaux et leur influence, économique, culturelle et politique, afin de forger dans cette bataille une nouvelle unité islamique, transnationale et fondée sur un retour à la lettre des textes sacrés, et de ressusciter ainsi un nouvel ensemble musulman à même, espèrent-ils, de renouer avec la force et la splendeur des premiers siècles de l’Islam. Dans ce projet, les attentats terroristes tiennent une place fondamentale. Loin d’être gratuits, ils visent à la fois à déstabiliser les régimes musulmans, coupables d’être trop liés aux Occidentaux, et à développer l’antagonisme entre l’Islam et l’Occident afin de précipiter un affrontement dont cette mouvance ne doute pas un instant que le monde musulman sortirait vainqueur, par forfait, occidental. Face à ce projet, l’erreur à ne pas commettre, celle qu’espèrent susciter les islamistes, serait de confondre les musulmans ou même l’ensemble des intégristes musulmans avec ces fanatiques qui font peur aux régimes musulmans, y compris iraniens, et à l’immense majorité des musulmans, y compris à tous ceux des islamistes qui, comme en Turquie, ont désormais tourné la page de la violence. Loin d’être une fatalité, le choc des civilisations n’est que la stratégie d’Al Qaëda et de ses épigones mais cette stratégie ne saurait être prise à la légère. Elle ne fait pas que des victimes innocentes. Elle peut aussi marquer des points en élargissant ses soutiens grâce au rejet de la corruption de tant de régimes musulmans, à la marginalisation sociale de certains des immigrés musulmans en Europe et à la persistance, surtout, de foyers de tensions entre l’Islam et l’Occident. Ce fanatisme a un terreau et, si indispensable soit-elle, ce n’est pas la lutte anti-terroriste qui le réduira.

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