Il y avait, hier, à l’Elysée, comme une exultation. Nicolas Sarkozy était, bien sûr, soulagé de s’être sorti de ce bourbier ivoirien car, s’il n’est pas certain que cela lui rapporte des voix, un échec lui en aurait coûté beaucoup. En termes de politique intérieure, il se sort au mieux d’une intervention qui, pour être patronnée par l’Onu, ne commençait pas moins à le faire dépeindre en va-t-en guerre mais ce n’était pas là son seul motif de satisfaction. « C’est un grand jour pour l’Afrique », allait-il répétant à ses interlocuteurs et ce n’est pas faux. La reddition de Laurent Gbagbo et le fait, surtout, qu’il n’ait pas trouvé la mort dans ce bras de fer et soit désormais sous la protection de l’Onu dans l’attente d’un éventuel procès fait non seulement triompher le droit dans un pays africain mais vient aussi sonner comme un avertissement pour tous les autres dirigeants du continent qui s’accrochent au pouvoir par la terreur, la fraude électorale ou les deux. Ce qui a été fait en Côte-d’Ivoire est exemplaire parce que l’Onu, l’Union africaine et l’Union européenne, France en tête, avaient réussi à y imposer des élections pour réconcilier et réunifier un pays coupé en deux depuis près de dix ans, que ces élections ont été assez régulières pour ne pas être contestables et que la communauté internationale – expression pour une fois justifiée – n’a pas baissé les bras lorsque le président sortant a refusé de reconnaître sa défaite et s’est proclamé réélu. Elle a protégé Alassane Ouattara, le président désigné par les urnes, engagé des forces, notamment françaises mais pas seulement pour détruire les armes lourdes sur lesquelles Laurent Gbagbo comptait pour résister à l’offensive militaire qu’avait finalement lancée son rival et très certainement sauvé la vie du président sortant en faisant comprendre qu’il ne devait être arrêté que vivant. Tout reste maintenant à faire en Côte-d’Ivoire. Il faut y rebâtir une économie largement détruite, réconcilier deux camps, réunifier le Nord et le Sud, construire un Etat impartial et ne pas oublier, c’est capital pour la suite, que les crimes de guerre commis n’ont pas tous été le fait des partisans de Laurent Gbagbo, que ceux d’Alassane Ouattara en ont également perpétrés et d’abominables et que tous doivent être établis et jugés avant que la sagesse ne commande une amnistie générale qui seule pourrait tourner cette page. Rien de tout cela ne sera aisé. Absolument rien n’est joué mais c’est, maintenant, à Alassane Ouattara de gouverner et faire ses preuves, aux Ivoiriens de le réélire ou l’éconduire au terme de son mandat, à la démocratie, en un mot, de régler les problèmes d’un pays qui n’a plus besoin d’autre aide qu’économique. Quelles que soient les difficultés à venir, c’est un résultat qui compte et auquel la France peut se targuer d’avoir largement contribué. En ce sens, c’est non seulement un grand jour pour l’Afrique mais également un bon jour pour la France à laquelle il reste toutefois à contribuer aussi au règlement de la crise libyenne. Nicolas Sarkozy s’en entretiendra demain soir, à Paris, avec David Cameron, le Premier ministre britannique. Ce sera autrement plus difficile mais, si la France y parvenait, son aura internationale en serait évidemment grandie.

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