Cela commence comme un polar et aboutit à une spectaculaire et mystérieuse élimination politique au sommet de l’appareil chinois. En novembre dernier, un jeune quadragénaire britannique, Neil Heywood, est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel du sud-ouest de la Chine.

Il aurait eu un taux d’alcool élevé dans le sang auquel son décès est attribué. Il est rapidement incinéré. L’affaire aurait pu en rester là mais on apprend petit à petit que cet homme parlant couramment le mandarin et marié à une chinoise vivait de ses cours d’anglais ce qui est surprenant car il aurait pu avoir des activités autrement plus lucratives dans le Far West qu’est aujourd’hui ce pays. Etrange… Et le mystère vient bientôt s’épaissir lorsqu’il apparaît que ce Britannique qui travaillait aussi pour une société d’intelligence économique et qu’il était très proche d’un des couples les plus en vue de Chine, l’étoile montante du parti, Bo Xilay, et sa très belle, très moderne et très anglophone épouse.

Un Britannique mort et un membre du Bureau politique, cela commençait à sentir l’affaire d’Etat et le 6 février, coup de tonnerre. Le chef de la police de Chongquing, la ville dont Bo Xilay est le patron, demande asile à un consulat américain de la région et y passe une pleine journée avant d’en sortir pour être immédiatement arrêté. C’est du jamais vu et, hier, la presse chinoise appelait à « soutenir » le parti après que Bo Xilay a été suspendu mardi du Bureau politique tandis que son épouse était placée en garde en vue, sous l’accusation d’avoir assassiné Neil Heywood.

Peut-être est-ce vrai. Peut-être est-ce un coup monté mais la certitude est que Bo Xilay détonnait dans la direction chinoise car ce prince rouge, fils d’un des pères du régime, cultivait les plus hautes ambitions non pas en intriguant discrètement au sommet mais en organisant sa notoriété comme si c’était la présidence américaine qu’il avait briguée.

Il s’était fait tout à la fois Zorro en organisant de brutales campagnes de masse contre la corruption, espoir de la gauche du parti en remettant au gout du jour les chants révolutionnaires et se souciant des plus démunis et magicien de l’économie en sachant attirer les investisseurs étrangers dans sa ville dont il avait fait l’une des plus dynamiques du pays. Tout se passait comme si cet homme à l’élégance toujours soignée avait voulu s’imposer de l’extérieur à son parti dont il aurait d’ailleurs dû pénétrer la plus haute instance en devenant l’un des 9 membres du Comité permanent du Bureau politique lors du XVIII° congrès, dans six mois. Une carrière s’achève à Pékin, les équilibres de la direction chinoise paraissent singulièrement fragiles, la bataille fait rage au sommet.

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