En direct du parlement européen à Bruxelles.

Face à l’entrée principale du siège bruxellois du Parlement européen, il y a de grandes photos en arc en cercle. Elles racontent l’Europe d’Auschwitz à aujourd’hui, les premiers pas de l’unité, la reconstruction, l’insurrection hongroise de 1956, la fin des dictatures grecque, espagnole et portugaise, les Trente glorieuses, Solidarité, la chute du Mur de Berlin et puis…

Et puis là, depuis 1989, les événements retracés sont tous de moindre importance pour l’Union, d’autant plus insignifiants en fait que l’introduction de l’euro est étrangement oubliée. Que cela ait été voulu ou non, ces photos disent vrai.

Il y a deux décennies maintenant que l’unification européenne a perdu de son allant et la première raison en est que les dirigeants européens, ceux de l’Union comme des Etats membres, n’ont pas su faire comprendre que, non, l’unité européenne n’était plus destinée – parce qu’elle y est parvenue – à assurer la paix sur le continent mais à permettre à l’Europe de relever les défis d’un siècle qui sera toujours plus dominé par de grands ensembles de taille continentale. Nous disons « les émergents », ils parlent de nous comme d’un continent en déclin et, si ce n’est pas déjà vrai, cela pourrait vite le devenir si les Européens se divisaient au lieu de mettre leurs moyens en commun.

De ce brouillard sur ce qu’est aujourd’hui l’ambition européenne naît un divorce toujours plus profond entre l’Europe et les Européens qui voient de moins en moins à quoi tout cela sert et s’insurgent, à raison, contre des politiques – l’austérité en l’occurrence mais ce pourrait en être une autre – qui s’imposent à eux sans qu’ils ne sachent qui les décident et en vertu de quel mandat.

C’est le troisième problème qui menace l’existence même de l’Union car, oui, l’Union peut maintenant se défaire sur la question de la démocratie. Elle le pourrait du moins si ses institutions ne devenaient pas rapidement moins obscures et si ses décisions continuaient à procéder des marchandages à huis-clos entre les 27 dirigeants nationaux et non pas d’un exécutif procédant lui-même du suffrage universel paneuropéen.

D’où la grande idée, lancée par Jacques Delors il y a plus de 15 ans et qui émerge enfin, de faire des élections européennes une vraie bataille, programme contre programme, programme pour l’ensemble de l’Union. Non seulement, la gauche, la droite, les Verts et les autres s’y préparent pour les européennes de l’année prochaine mais chacune de ces forces entend aller à la bataille avec un chef de file, une tête de liste paneuropéenne, qu’elle porterait à la tête de la Commission si elle obtenait, seule ou en coalition, une majorité parlementaire, un mandat de l’électorat paneuropéen.

C’est une révolution qui couve là car, dès lors que le président de la Commission procéderait du suffrage universel paneuropéen, sa légitimité serait au moins aussi grande que celle du Conseil européen, l’assemblée des 27 chefs d’Etat et de gouvernement. Tout n’en serait évidemment pas résolu pour autant mais au moins saurait-on qui fait quoi au nom de quoi et l’homme qui est ce matin l’invité de France Inter, Martin Schulz, tribun polyglotte et actuel président du Parlement européen, fera ainsi beaucoup parler de lui dans l’année à venir car c’est lui qui portera, dans cette bataille, les couleurs de la gauche.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.