Le pays le plus riche d'Amérique Latine s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise...

Les manifestations se succcèdent au Venezuela
Les manifestations se succcèdent au Venezuela © Maxppp / EPA/Miguel GUTIERREZ

Par Anthony Bellanger.

C'est même devenu pour tous les observateurs et commentateurs un cas d'école : jusqu'où peut s'enfoncer, de déliter, se décomposer un pays qui, je le rappelle, est le plus riche – et de loin – d'Amérique latine ? Le Vénézuela, qui possède les premières réserves de pétrole avant l'Arabie Saoudite et qui n'a jamais de son histoire connu le dénuement, un pays vers lequel convergeaient toutes les migrations tant les salaires étaient élevés, le Vénézuela en est à mendier !

Le pays manque de farine, donc de pain, de médicaments, de tout. Les Vénézuéliens encombrent les ambassades occidentales pour fuir du pays, l'inflation frôlerait les 1 600% annuel et un billet de 20 000 bolivars vient de sortir, histoire de suivre. La situation économique est si grave que Caracas n'a même pas réussi à payer – et ce pour la seconde année consécutive - ses cotisations à l'ONU, ce qui ne prive de son droit de vote à l'Assemblée générale des Nations unies.

Et puis, il y a bien sûr l'impasse politique...

C'est peut-être le plus grave, parce qu'on sent bien qu'il n'y a du côté de Nicolás Maduro et des héritiers de Chávez, aucune volonté de parvenir à une sortie de crise. Leur seul projet politique est de se maintenir coûte que coûte au pouvoir.Et pour cela, ils ne reculent devant rien. Il y a quelques mois, Nicolás Maduro – que les Vénézuéliens appellent Mas-Duro, c'est à dire, plus dur – a confié le meilleur de l'économie (pétrole et mines) aux militaires, histoire d'assurer l'essentiel : les dollars.

Puis, avec l'aide d'une Cour suprême aux ordres, il a dépecé l'Assemblée nationale acquise à l'opposition de ses pouvoirs, harcelé les députés rétifs, fait condamner les opposants, maintenu en prison les leaders et réprimé les manifestants et les étudiants. Pas plus tard qu'hier, un jeune homme a été tué d'une balle alors qu'il manifestait pour l'opposition dans les rues de Valencia, la 3ème ville du pays. Quant au candidat à la présidence Henrique Capriles, il a été condamné à 15 ans d'inéligibilité, histoire de...

Est-ce qu'il y a une solution à cette crise ?

Franchement, tout semble avoir été essayé : l'Espagne – donc l'Europe – a envoyé je ne sais combien d'anciens politiques pour tenter une médiation, le Vatican a quasiment une task force sur place pour nouer le dialogue : rien n'y fait, le régime se claquemure. C'est à se demander si Maduro n'est pas entré dans une logique mortifère qui consiste à laisser pourrir la situation pour pousser l'opposition à la faute, c'est-à-dire à l'affrontement, et mieux reprendre la main : affrontement, répression, domination. Dernière chose : sur le Vénézuela, il y a beaucoup de théories complotistes sur le rôle de la CIA, des Etats-Unis en général. N'en croyez rien : l'incurie, le cynisme et la corruption du régime suffisent à expliquer la ruine du pays le plus riche d'Amérique.

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