Que ça passe ou que ça casse, ce week-end fera date dans l’Histoire de l’Europe. Si ce projet de Constitution est adopté, si les compromis nécessaires à un accord sont finalement, miraculeusement, trouvés, vingt-cinq pays européens, une trentaine bientôt, s’engageront dans une dynamique fédérale, longue, semée d’embûches, mais menant à l’affirmation, économique et politique, d’une des trois grandes puissances de ce siècle, avec les Etats-Unis et la Chine. Si c’est, au contraire l’échec, la construction européenne n’en sera pour autant pas interrompue mais prendra d’autres voies. Si les Britanniques refusent d’admettre que la loi de la majorité puisse s’appliquer à de nouveaux domaines comme la politique étrangère, le budget ou la fiscalité, si l’Espagne et la Pologne n’assouplissent pas leur position sur la définition de la majorité qualifiée, s’il se confirme, en un mot, que les compromis sont impossibles, ce sera la crise mais on verra se développer, alors, une Union dans l’Union. La France, l’Allemagne, les trois pays du Benelux, l’Italie sans doute aussi, pourraient alors décider de s’unir au sein de l’Union européenne, d’y faire à quelques uns ce qui ne serait pas encore possible d’y faire à vingt-cinq. Ces pays devraient alors décider d’aller ensemble plus loin, plus vite, de coordonner et d’harmoniser leurs politiques dans les domaines de la fiscalité, de la recherche, de la sécurité, de la Défense et de la politique étrangère. Ils devraient, autrement dit, constituer un noyau dur au sein de l’Union dont la vocation serait d’être un groupe pionnier, comme ces mêmes pays l’avaient été à l’origine lorsqu’ils s’étaient unis dans la Communauté européenne, l’ancêtre de l’Union. Ce week-end, à Bruxelles, c’est cette alternative qui sera sur la table, non pas la Constitution ou la fin de l’Union mais l’Union à vingt-cinq, telle qu’envisagée par le projet de Constitution, ou l’unification politique des plus anciens membres de l’Union au sein d’un ensemble beaucoup plus vaste et déjà beaucoup plus coordonné que la Communauté ne l’était à ses débuts. On se battra à Bruxelles sur la double majorité, la taille de la Commission et l’extension du vote à la majorité qualifiée mais ce qui décidera de l’issue de cette bataille, aujourd’hui totalement incertaine, c’est le choix de fond que les uns et les autres feront. L’Espagne et la Pologne, la Grande-Bretagne également, préféreront-elles composer, amender mais accepter le projet de Constitution ou prendre le risque de laisser se former, au sein de l’Union, une avant-garde avec laquelle elles auraient à compter, qui se façonnerait sans qu’elles aient prise sur elle et qu’elles devraient, un jour rejoindre, comme la Grande-Bretagne avait fini par rejoindre la Communauté ? La France et l’Allemagne, à l’inverse, auront-elles, comme elles le disent, l’audace de fixer de vraies limites à leurs concessions en sachant qu’elles s’obligeraient ainsi, par là même, à susciter la naissance d’un sous-ensemble où la souveraineté partagée serait autrement plus importante que les souverainetés préservées. Pour l’Europe, pour tous ses membres, c’est l’heure de vérité, si solennelle qu’il y aura sans doute un rendez-vous de la deuxième chance, en février, si Bruxelles n’aboutit pas.

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