Le compromis est possible. Pour y parvenir, il suffirait que la Grande-Bretagne abandonne quelques milliards d’euros de plus sur son « chèque », sur ce rabais que Mme Thatcher lui avait obtenu sur sa contribution au financement de l’Union au motif que les Britanniques ne profitaient pas de la Politique agricole commune. A l’époque, cela pouvait se justifier car la PAC représentait 80% des dépenses européennes et que l’économie britannique était encore dans une mauvaise passe. Vingt ans plus tard, avec une Grande-Bretagne en bien meilleure forme et des dépenses agricoles ramenées à 40%, et bientôt moins encore, du budget de l’Union, non seulement ce chèque n’est plus défendable mais personne, sauf la France, ne demande à Londres d’y renoncer immédiatement. Ce que souhaitent la Commission et la grande majorité des pays membres, c’est seulement que Tony Blair fasse un geste, prenne toute sa part des dépenses liées à l’élargissement, accepte quelques coups de rabot sur son rabais et le compromis sur le budget 2007-2013 deviendrait alors possible, même pour la France qui hésiterait à se faire seule responsable d’un blocage sans même avoir l’Allemagne à ses côtés. Le chiffre se murmure. C’est quatre à cinq milliards d’euros sur sept ans auxquels la Grande-Bretagne devrait renoncer pour que le sommet européen ne s’achève pas, vendredi, sur un échec venant s’ajouter à celui de la Constitution. L’enjeu les vaut bien mais Tony Blair hésite car, en termes intérieurs, cette somme risque de lui coûter cher. Globalement europhobe, sa presse l’enjoint de ne pas céder. Avec un nouveau leader à leur tête, jeune, battant et faisant feu de tous bois, les conservateurs viennent de repasser devant les travaillistes dans les sondages. L’aventure irakienne n’en finit plus de peser sur un Premier ministre qui a beaucoup perdu de son aura et, plus grave que tous ces problèmes réunis, son ministre des Finances et grand rival, Gordon Brown, l’homme auquel il doit céder la place avant les prochaines élections, ne raffole pas du tout de l’Europe et défend l’intransigeance. Tout pousse Tony Blair à ne pas céder aux pressions européennes mais, s’il ne le fait pas, il perd aussi, et sur trois tableaux d’un coup. Attendu comme le sauveur en juillet dernier, lorsqu’il a pris la présidence semestrielle de l’Union, il la quitterait, fin décembre, sur un échec qui lui coûterait à Bruxelles sans le grandir à Londres. Il perdrait, parallèlement, les sympathies qu’il avait su s’attirer parmi les nouveaux membres en se faisant l’incarnation d’une Europe moins franco-allemande, plus libérale et plus liée aux Etats-Unis. Il échouerait, surtout, sur son ambition de faire du Royaume-Uni un acteur décisif d’une Union dont il est l’un des plus ardents partisans à Londres. La guerre d’Irak et son alignement sur la Maison-Blanche l’ont fait largement oublier mais Tony Blair est un grand partisan de l’ancrage britannique en Europe car il ne voit pas, à terme, d’autre avenir pour son pays que l’appartenance d’une Grande-Bretagne forte à une Europe forte. La décision est à lui mais si c’était « non », le coup serait rude pour l’Union.

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