Dans ces nouveaux attentats d’Alger, tout est terrifiant. Une organisation algérienne – islamiste, fanatique et qui n’en est certes pas à son premier crime de masse – mais une organisation composée d’Algériens, n’a pas hésité à semer la mort contre son propre peuple, commençant par frapper parce qu'ils étaient là, uniquement pour cela, de jeunes étudiants, tellement liés à la corruption du pouvoir qu’ils allaient en cours dans un vieux bus archi bondé. Cette Organisation d’Al Qaëda au Maghreb islamique, en deuxième lieu, a pu trouver pour cela deux gamins, dont elle a posté les noms sur un site internet en revendiquant ces attentats, deux kamikazes assez désespérés et assez pleins de haine contre le régime algérien et la terre entière pour aller au suicide en toute connaissance de cause. La date, en troisième lieu, de ce crime, le 11 décembre, le 11 d’un mois comme le 11 septembre de Manhattan puis le 11 avril 2002 de Djerba, le 11 mars 2004 de Madrid, le 11 avril 2006 de Karachi, le 11 juillet 2006 de Bombay, le 11 avril 2007 d’Alger, déjà, et le 11 juillet 2007 de Lakhdaria, en Algérie aussi – ce constant rappel, en clair, des Twin towers signe l’existence d’un réseau, décentralisé mais uni par une même mythologie qui lui faisait qualifier, hier, ce bain de sang de « nouvelle conquête des chevaliers de la foi pour défendre la nation blessée de l’islam ». Ces gens-là défendent une « nation blessée » en laissant des parents privés de leurs enfants, des enfants de leurs parents, des familles d’un père, d’une mère ou des deux. Qu’il y ait des gens pour écrire et penser cela glace le sang mais le pire, le plus terrifiant, est que ni la répression ni les offre de pardon ne les ont désarmés et qu’ils s’installent, maintenant, au cœur d’Alger, dans une immense ville mêlant opulence et misère où ils seront encore plus difficiles à débusquer que dans les maquis d’hier. Ces gens-là frapperont encore en Algérie, tenteront de le faire au Maroc et en Tunisie et travailleront, sans nul doute, à de nouveaux attentats en Europe. Pays arabo-musulmans en première ligne, le monde est très loin d’en avoir fini avec la violence islamiste. Cette fièvre sanguinaire qui porte tant de jeunes gens à vouloir balayer par la terreur l’échec et la corruption des régimes musulmans, cette ambition de constitution, au-delà des frontières étatiques, d’une nation musulmane assez forte pour rivaliser avec l’Occident et l’Asie, la folle idée que la guerre sainte pourrait faire plier l’Amérique après avoir fait sombrer l’Union soviétique en Afghanistan, ce spasme de rancoeurs historiques et sociales n’a pas fini de faire couler les larmes et menacer la paix. Alors ? L’inéluctable choc des civilisations ? Non. Ce serait oublier que c’est un pays musulman qui est en deuil aujourd’hui, que l’islamisme turc s’est dissout dans la démocratie, que les tribus sunnites irakiennes s’éloignent, maintenant, d’al Qaëda, que le danger islamiste a rapproché la direction palestinienne, Israël et les gouvernements arabes : que le triomphe des fous de Dieu est tout, sauf écrit. Pour peu que l’Occident ne les aide pas, comme l’Amérique l’a fait en Irak, ils perdront, victimes de leur folie, mais la bataille sera longue.

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