C’est vers un double succès que s’acheminait, à l'aube, le Conseil européen. Après beaucoup de concessions réciproques, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union semblent prêts à adopter, aujourd’hui, leur plan de lutte contre le réchauffement climatique. L’Europe devrait ainsi parvenir, d’ici 2020, à réaliser 20% d’économies d’énergie, à porter la part des énergies renouvelables à 20% de leur consommation et à réduire, de 20% également, leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. L’Union européenne devrait donner l’exemple dans une bataille essentielle à laquelle l’Amérique de Barack Obama s’apprête à se joindre. Elle y arrive malgré la crise économique, malgré l’extrême diversité de ses sources d’énergie et de ses niveaux de développement industriel, et devrait progresser, parallèlement, vers l’adoption de ses réformes institutionnelles – celles qui étaient prévues par le projet de traité constitutionnel et qui sont reprises dans ce traité de Lisbonne que l’Irlande avait rejeté, par référendum, au début de l’été. L’Union devra, pour cela, garantir aux Irlandais qu’ils pourront conserver leur neutralité et avoir la certitude que l’un de leurs ressortissants continuera de siéger à la Commission européenne. Le premier point n’est qu’une réassurance qui lèvera un malentendu. Le second est une concession qui conduira à repousser la réduction du nombre des Commissaires et, l’un dans l’autre, l’Irlande pourra organiser, de cette manière, une nouvelle consultation à l’automne 2009. Reste à en voir le résultat mais, même si ce Conseil connaissait un blocage de dernière minute, le semestre de présidence française s’achève sur un bon bilan, porteur d’avenir. Grâce aux crises qu’elle a dû affronter depuis l’été, l’Union a changé, mué. Nain politique jusqu’au mois d’août, elle s’est soudain affirmée, dans l’affaire géorgienne, en acteur essentiel de la scène internationale. Pendant que les Etats-Unis se mettaient aux abonnés absents, c’est elle qui a limité la casse et su profiter de cette alerte pour jeter les bases d’un dialogue continental avec la Fédération de Russie. Poussée, tirée, par Nicolas Sarkozy mais approuvant ses initiatives, l’Union a pris en charge l’organisation de l’économie et de la stabilité du continent Europe mais ce n’est pas tout. Face à la crise bancaire, c’est elle, et non pas l’Amérique, qui a trouvé les bonnes solutions. C’est encore elle qui a appelé à une réunion du G-20, des puissances établies et émergentes, pour explorer les réformes à apporter au système économique international et ce n’est toujours pas tout. A défaut de s’être déjà mis d’accord sur un véritable plan de relance européen, les 27 ont su répondre à la récession montante en tournant le dos aux dogmes libéraux, en recourant aux interventions d’Etat et en suspendant, de fait, les règles budgétaires qu’ils s’étaient imposées dans la création de la monnaie unique. Hier libérale, l’Union devient keynésienne, malgré ses traités. C’était nécessaire, c’est heureux. Cela vient, surtout, prouver que l’Europe est un projet dynamique dans lequel rien n’est gravé dans le marbre, ni l’inertie politique ni le laisser-faire économique.

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