Ce n’est plus la même Russie. Cette Russie dans laquelle, coup sur coup, le pouvoir s’est senti obligé d’afficher un recul de 15 points de son parti, Russie unie, aux législatives de dimanche dernier, où ont été autorisées, samedi, des manifestations de protestation contre le trucage de ces élections, où ces rassemblements ont réuni quelques 80 000 personnes, où les télévisions ont été autorisées à rendre compte de cet événement sans précédent depuis 20 ans et où le président sortant, Dmitri Medvedev, demande que soient vérifiées les accusations d’irrégularité – cette Russie ne ressemble plus guère à celle qu’avait façonnée Vladimir Poutine depuis qu’il en était devenu l’homme fort en 1999.

Cela ne signifie pas que la démocratie soit en train de triompher dans ce pays. Ce pouvoir vient de composer et non pas de renoncer mais que s’est-il passé pour qu’il doive soudain s’imposer de jouer la souplesse ?

Il s’est tout simplement passé que Vladimir Poutine a commis trois erreurs de suite dans lesquelles il est maintenant embourbé. La première remonte à 2008, lorsqu’il avait choisi l’un de ses jeunes collaborateurs, Dmitri Medvedev, pour lui succéder parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat consécutif. Timide et poupin, ce parfait inconnu lui avait alors semblé l’homme idéal pour lui chauffer la place jusqu'à ce qu’il puisse se représenter en mars prochain mais il avait oublié que Dmitri Medvedev était arrivé à l’âge adulte après l’effondrement soviétique et qu’il était juriste et non pas officier de renseignement. Pour appartenir au même clan, ces deux hommes n’avaient pas la même culture et le nouveau président, d’abord considéré comme la marionnette de son maître, a si bien dénoncé la corruption et l’arriération politique de la Russie et prôné son rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis, qu’il a fini par porter les espoirs des nouvelles classes moyennes.

Il s’est ainsi créé une situation si nouvelle que, face aux sondages qui annonçaient la dégringolade de Russie unie aux législatives, Vladimir Poutine a brusquement contraint Dmitri Medvedev, en septembre dernier, d’annoncer qu’il se retirait, qu’il lui laissait la place pour la prochaine présidentielle et deviendrait son Premier ministre. Il croyait ainsi reprendre la main mais cette mascarade a tant scandalisé que Russie unie n’a pas même obtenu, en réalité, un tiers des voix dimanche dernier et que – deuxième erreur –Vladimir Poutine a cru habile de faire la part du feu en faisant proclamer que son parti était en recul mais restait, avec un peu plus de 49% des voix, la première force du pays.

Les Russes ont ainsi appris non seulement que le pouvoir était affaibli mais qu’il avait peur d’eux et, tandis que Vladimir Poutine éructait contre les ingérences américaines dans la politique russe, Dmitri Medvedev est revenu sur le devant de la scène en faisant autoriser les manifestations. La dualité du pouvoir a été ressuscitée et, que cela relève d’une répartition des rôles ou, bien plus probablement, de l’accentuation d’une vraie différence, le pouvoir apparaît aujourd’hui divisé – troisième erreur qui enhardit désormais la contestation. Il est plus que probable que Vladimir Poutine s’élise en mars prochain mais la Russie n’est plus la même et il sera difficile d’à nouveau la bâillonner.

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