Même Silvio Berlusconi n’a pas réussi à vraiment affoler les marchés. Son retour en politique et la campagne qu’il a déjà lancée contre ce qu’il appelle l’inféodation de son pays à l’Allemagne ont fait un peu reculer la Bourse de Milan et repartir à la hausse les taux auxquels l’Italie doit emprunter mais c’est tout, sauf la panique et la raison en est claire.

Avec des montagnes de problèmes restant à résoudre, avec l’inquiétante contradiction qui demeure entre l’impératif de réduction des déficits budgétaires et la nécessité de relancer une croissance moribonde avant que le malade de meure guéri, l’Europe a su mettre derrière elle la crise des dettes publics et la menace qu’elle faisait peser sur l’euro. Elle l’a fait, contre ses traités, en institutionnalisant une solidarité financière entre ses Etats membres et acceptant que sa Banque centrale puisse partiellement racheter leurs dettes. Elle l’a fait en s’imposant une cure d’austérité générale, totalement impopulaire et largement critiquable, mais elle l’a fait en resserrant ses liens et s’engageant dans une nouvelle étape de sa construction qui sera au cœur de son prochain sommet.

Demain, lorsque ses dirigeants nationaux se retrouveront pour un Conseil européen qui se prolongera vendredi, ce n’est rien de moins qu’un projet de reconstruction de l’Union qu’ils auront à examiner. On ne prononcera pas de grands mots qui puissent braquer quiconque. On n’entendra pas les mots de « fédéralisme » ou d’« Europe à deux vitesses » mais c’est bien de cela qu’il s’agira puisque, désormais sur la table, l’idée lancée en juin dernier est de faire de la zone euro une union politique au sein de l’Union.

C’est comme toujours à petits pas et très feutrés qu’on avancera. Si les propositions d’Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, sont suivies on commencera, l’année prochaine, par mettre en place une Union bancaire de la zone euro, c’est-à-dire une supervision commune de ses banques qui devrait maintenant être opérationnelle le 1ier janvier 2014. Parallèlement, dans les deux années à venir, une autorité unique sera chargé de restructurer les banques en difficultés ce qui va, de fait, communautariser les risques bancaires tandis que les Etats pourront, en cas de besoin, négocier des soutiens financiers ciblés avec les institutions européennes. Et puis enfin, début 2015, après les élections européennes de 2014, la zone euro devrait se doter, d’une part, d’une « capacité budgétaire », d’un budget commun alimenté par des ressources propres et, d’autre part, à plus long terme, d’une capacité d’emprunt par émission de dettes communes aux 17 pays de la monnaie unique.

Si tout le monde suit d’emblée – ce qui reste à voir – la zone euro va, en un mot, marcher vers une intégration économique qui fera d’elle une union politique de type fédéral. C’est l’objectif mais, au-delà de ces trois étapes, tout reste encore à décider, les rapports de ce premier cercle avec les autres Etats de l’Union, avec le Parlement qui représente les populations des 27 et non pas des seuls 17 et avec la Grande-Bretagne aussi qui est si totalement horrifiée par ce projet que sa sortie de l’Union n’est plus du tout impossible. Tout reste à faire. Ce sera difficile et lent mais une nouvelle Europe est en gestation.

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