viktor ianoukovitch se dit ouvert au dialogue en ukraine
viktor ianoukovitch se dit ouvert au dialogue en ukraine © reuters

En politique comme en tout, il faut savoir ce que l’on veut. Dans la crise ukrainienne , deux acteurs le savent et deux autres non. Les manifestants qui occupent le cœur de Kiev savent qu’ils ne veulent pas que leur pays retombe dans l’orbite russe car la Russie d’aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine, l’arbitraire de son régime et son ambition de reconstituer l’empire russe qui avait englobé l’Ukraine bien avant que l’Union soviétique ne lui succède.

Ce que veulent ces manifestants et, derrière eux, une part croissante de la population ukrainienne, c’est la démocratie et l’état de droit que leur assurerait un arrimage à l’Union européenne. A l’inverse, Vladimir Poutine et beaucoup de Russes derrière lui ne veulent pas de ce partenariat entre l’Ukraine et l’Union parce qu’ils considèrent qu’indépendante ou pas, l’Ukraine fait partie du monde russe et que de fait, le plus souvent pour le pire mais c’est ainsi, l’Ukraine est historiquement et culturellement russe, que les mariages mixtes ont profondément lié ces deux peuples depuis des siècles, que le russe est presque autant parlé que l’ukrainien en Ukraine et qu’une multitude d’Ukrainiens occupent de hautes responsabilités en Russie.

D’un côté, c’est le rejet de la dictature en place à Moscou. De l’autre, c’est le refus de laisser se réduire l’influence russe. De ces deux côtés-là, les positions sont claires, tranchées et parfaitement lisibles alors que celles des deux autres parties à ce conflit ne sont qu’incertitude, flottements et faux semblants.L’actuel président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, ne sait tout simplement plus ce qu’il veut.

Après avoir longtemps incarné le parti pro-russe – l’Ukraine orientale mais aussi l’industrie lourde et l’agriculture dont les débouchés naturels sont bien plus en Russie qu’en Europe occidentale – cet homme avait fini par comprendre, sous l’influence des milieux d’affaires auxquels il est lié, que l’avenir et la modernisation de l’Ukraine passait par l’Europe.

C’est cet homme-là qui avait initié l’accord de partenariat avec l’Union qu’il a finalement refusé de signer après que Vladimir Poutine lui eut donné à voir, revolver économique sur la table, que la Russie offrait à son pays un marché d’exportation et des fournitures énergétiques à bas prix qu’elle pouvait aussi lui refuser alors que l’Ukraine ne peut pas s’en passer.

Quand ce président dit qu’il voudrait l’Europe mais qu’à court terme, la Russie présente plus d’avantages pour son pays, il ne ment aucunement. Il dit vrai. C’est la réalité. L’Ukraine ne peut pas tourner le dos à la Russie si l’Union ne lui donne pas les moyens de compenser les lourdes pertes qu’elle enregistrerait alors et ces moyens, l’Union ne les lui donne pas.

L’Union s’émeut, tempête, dénonce le chantage russe mais ne met pas la main à la poche parce que ses poches sont vides et qu’elle ne souhaite pas, surtout, s’élargir à nouveau car elle a bien trop de problèmes intérieurs pour pouvoir le faire. L’Union soutient les démocrates ukrainiens. L'Union applaudit et défend les manifestants de Kiev mais l'Union ne veut en fait pas ouvrir ses portes à l’Ukraine.

En savoir plus :

Retrouvez le zoom de la rédaction du 3 décembre consacré à la crise ukrainienne

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