Cela se passe aux Etats-Unis, en Irak, en France, doublement en France, dans trois pays aussi différents que distants, mais c’est en fait la même abomination, la même barbarie, toujours aussi présente, rampante et résurgente.

Aux Etats-Unis, c’est un directeur de la CIA, John Brennan, nommé par Barack Obama, un homme qui n’a donc pas été mêlé à la généralisation de la torture après les attentats du 11 septembre, un homme que personne n’accuse de quoi que ce soit mais qui se croit obligé de défendre son agence. « Je laisse à d’autres le soin de qualifier ces activités », disait-il hier en refusant d’employer le mot de « torture ». On ne peut pas savoir, ajoutait-il, si d’autres méthodes auraient pu donner les mêmes résultats. Il ne condamnait en un mot pas ce qui est pourtant établi et suggérait, pire encore, que si l’on pouvait en prouver les résultats, la torture serait alors justifiée.

Bien qu’elle dise qu’elle n’a pas dit ce qu’elle a dit, Mme Le Pen ne disait pas autre chose avant-hier. En France, le chef de file d’un parti devenu le premier parti de France aux dernières élections européennes peut encore justifier la torture, après la guerre d’Algérie, et en France toujours, les PV d’auditions des agresseurs d’un jeune couple juif - judéo-catholique en fait mais là n’est pas le problème - révèlent qu’on peut encore penser que les juifs sont par définition riches et ne mettent pas leur argent en banque, disaient ces misérables crétins.

Cela se passe en 2014, en France, mais ce n’est rien, absolument rien si l’on ose dire, à côté de cet avis que les théologiens des jihadistes de l’Etat islamique - ils ont des théologiens - viennent de publier sur ce qu’il était licite et illicite de faire avec des femmes impies, autrement dit d’autres religions, et réduites en esclavage. C’est un texte que l’on ne peut pas citer tant il est sexuellement explicite mais oui, des théologiens parlent de l’esclavage comme de la chose la plus naturelle du monde, comme de la torture en quelque sorte, et expliquent la différence de… Comment dire ? … De traitements permis avec des jeunes filles nubiles et celles qui ne le sont pas.

Voilà. Cela se passe en Europe, en Amérique, au Proche-Orient. Cela se passe au XXI° siècle et devant ces choses que l’on peut lire et entendre aujourd’hui venant de gens dont on n’attendait guère mieux mais aussi d’une femme politique française et d’un directeur de la CIA dont le Congrès a confirmé la nomination, on reste abasourdi. On reste accablé, désespéré car cela se passe après les Lumières, après le recul des dictatures et la progression exponentielle de la démocratie, après le génocide nazi et la proscription internationale de la torture, à l’heure des ONG et de la Justice internationale.

Alors quoi ? Tout cela pour rien ? Tant de progrès, de gens morts pour la liberté, de lois et de traités pour en être encore là ? Non.

Heureusement non. L’humanité a progressé, des textes au moins font des crimes de ces barbaries mais, sachons-le, il n’y a pas là d’acquis. L’état de droit et le respect de l’autre, la civilisation, sont une bataille de tous les jours, un permanent combat dont le genre humain ne pourra jamais se dispenser.

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