C’est maintenant dit et clairement...

Lorsque, il y a dix jours, Donald Trump a pris au téléphone la présidente de Taiwan, de la Chine nationaliste avec laquelle les Etats-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques en même temps qu’ils reconnaissaient, en 1979, la Chine populaire, ce n’était pas par vanité.

Ce n’était pas qu’il n’ait pas pu résister au bonheur de se faire féliciter par une cheffe d’Etat qui avait tout intérêt à le faire pour accéder à lui. Ce n’était pas, non plus, qu’il ait ignoré que la diplomatie américaine ait fait sien, depuis 37 ans, le principe de la Chine unique auquel Pékin est tellement attaché. Ce n’était pas du tout une bourde. C’était au contraire délibéré car…

Ecoutons-le s’expliquer hier sur Fox News. « Je ne veux pas que la Chine me dicte ce que je fais, dit-il. Je comprends parfaitement le principe de la Chine unique mais je ne vois pas pourquoi nous devrions être tenus par cette politique à moins que nous concluions un accord avec la Chine sur d’autres sujets comme le commerce ».

Ce que Donald Trump dit là, c’est que ce sera donnant donnant.

Ou bien les dirigeants chinois acceptent de négocier non seulement sur les conditions dans lesquelles se font les échanges sino-américains, mais également sur leur politique en mer de Chine, le taux de change du yuan et leur soutien au régime nord-coréen ou bien il développe dès le 20 janvier, dès qu’il sera aux commandes, les relations avec Taiwan, avec l’autre Chine que Pékin n’admet pas que l’on reconnaisse si l’on reconnaît la Chine populaire.

C’est donc bien un message que Donald Trump avait envoyé aux dirigeants chinois il y a dix jours et ce message est un vrai coup de poker.

On ne sait pas où cela mènera mais, entre Washington et Pékin, la tension va monter.

D’un côté, Pékin acceptera difficilement de changer de politique sous la menace d’une reconnaissance de Taiwan et du relèvement des barrières douanières américaines. M. Xi, le président chinois ne peut pas se permettre de renoncer à l’affirmation de son pays en mer de Chine, à la sous-évaluation de sa monnaie et à son soutien à Pyongyang car, ne serait-ce que pour des raisons de politique intérieure, il ne peut pas céder au nouveau président américain sur des points aussi essentiels à son pays. De l’autre, la Chine ne peut pas aller au devant d’une fermeture du marché américain alors que son économie n’est pas au mieux de sa forme et dépend de ses exportations, vers les Etats-Unis au premier chef.

Pour ce qui est, maintenant de Donald Trump, il court vers l’inconnu puisque les Chinois peuvent le mettre au pied du mur en créant un fait accompli en mer de Chine ou en accentuant leur soutien à la Russie, comme ils l’ont déjà fait la semaine dernière à propos de la Syrie, et que les exportateurs américains, surtout, agriculture et industries de pointe, auraient énormément à perdre à des mesures de rétorsion chinoise.

C’est un bras de fer qui s’engage. Il est dangereux, totalement incertain et susceptible de rebattre la donne dans tout le reste du monde.

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