Où l'on voit qu’au moment même où la Grande-Bretagne en descend, chacun remonte dans le train de l'Europe

En France, on sait. En France, le tournant date de plusieurs mois déjà puisque c’est dès la rentrée que Mme Le Pen a décidé qu'il n'était plus nécessaire de sortir de l’Union européenne alors même qu’elle l'avait si longtemps dénoncée comme une prison des peuples où la France se mourrait d’impuissance sous le joug de politiques qui lui étaient imposées. 

Avec une force de conviction qui l'honore pleinement, elle a opéré ce tournant après avoir constaté que les électeurs ne voulaient pas suivre l’exemple britannique et avaient même porté au pouvoir un homme dont les meetings électoraux étaient pavoisés aux couleurs de l’Europe mais… Allons voir en Italie. 

Là-bas, des élections législatives doivent avoir lieu sous quatre mois. Le parti qui caracole en tête des sondages est le Mouvement 5 étoiles fondé par Beppe Grillo, un comique tout sauf drôle dont le programme est de défaire tout ce qui existe au motif que tout ne marche pas bien dans le pays. L’Union européenne avait donc longtemps été pour ce mouvement le monstre à abattre qu’elle avait été pour Mme Le Pen, et puis… Virage sur les chapeaux de roue. 

Le 23 novembre, Luigi Di Maio, le jeune homme impeccablement peigné que Grillo a placé à la tête de son organisation, écrit à Emmanuel Macron pour lui dire : « Je suis sûr que lorsque nous nous connaîtrons mieux, vous vous rendrez compte que notre mouvement n’est pas une menace mais propose les meilleurs des solutions à de nombreux problèmes de l’Europe ». Dans cette lettre, il se dit « très proche » du président français sur les règles budgétaires européennes et, jeudi dernier, il enfonce le clou. 

Dans une interview à l’agence Reuters, Luigi Di Maio déclare que « si elle se réforme, l’Union peut être une solution à beaucoup de nos problèmes ». C’est un peu comme si un monarchiste s’était soudain dit républicain ou un frontiste français favorable à l’Union. C’est un complet retournement mais observons, maintenant, l’Allemagne.

Pour convaincre le congrès de son parti d’essayer de former une nouvelle coalition avec Mme Merkel, qu’a fait Martin Schulz, ancien président du Parlement européen et chef de file des sociaux-démocrates allemands ? 

Eh bien il a expliqué à ses militants que tout l’enjeu était d’imposer à la démocratie chrétienne une pleine adhésion aux propositions européennes de la France, de marcher vers les Etats-Unis d’Europe d’ici à 2025 et d’en finir avec les politiques d’austérité qui ruinaient l’Union. Et qu’a dit alors Mme Merkel, c’était hier lundi ? Tout simplement, qu’elle voyait là des convergences prometteuses. Non seulement l’Union n’est plus un épouvantail en Europe mais voilà qu’au moment même où la Grande-Bretagne en descend, chacun remonte dans le train. 

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