Bruxelles place la France en observation pour son déficit budgétaire après les mesures annoncées lundi, qui font dire à la presse allemande qu’Emmanuel Macron fait courir un risque à l’euro. L’Italie ironise…

Le Président Emmanuel Macron lors d’un sommet européen à Bruxelles le 24 juin 2018.
Le Président Emmanuel Macron lors d’un sommet européen à Bruxelles le 24 juin 2018. © AFP / Aris Oikonomou / AFP

C’est le quotidien conservateur allemand Die Welt qui a lancé la critique qui fait le plus mal à Emmanuel Macron après ses annonces : « le Président fait de la France la nouvelle Italie », il « fait courir un risque à l’euro », ajoute le journal.

Pour le Président français, qui a fait de sa crédibilité européenne, et en particulier en Allemagne, l’un des axes de sa politique depuis son élection, c’est une attaque sévère. 

D’autant qu’elle trouve un écho moqueur en Italie même, au sein du gouvernement de coalition populistes-extrême droite, avec lequel Emmanuel Macron a eu des échanges assez vifs ces derniers mois. 

Luigi Di Maio, le vice premier ministre italien et leader du Mouvement 5 étoiles, ne l’a pas raté après les annonces de lundi : « Ca va ouvrir un problème français, après le problème italien, si les règles sont les mêmes pour tous », a-t-il dit. C’était évidemment du pain béni en plein bras de fer entre Rome et Bruxelles sur le projet de budget italien plus déficitaire que prévu.

C’est évidemment la barre des 3% qui pose problème : les annonces d’Emmanuel Macron menacent de faire passer le déficit l’an prochain à 3,4 ou 3,5% du PIB contre 2,8% prévus, alors qu’il avait tout fait, dès l’an dernier, pour repasser en dessous du seuil fatidique.

La France avait pu sortir cette année seulement de la procédure européenne pour déficit excessif, en vigueur depuis 2009 ! C’était une tache sur la crédibilité européenne du pays, en particulier vu d’Allemagne, gardienne de l’orthodoxie financière, et dont le budget est quant à lui excédentaire.

Bruxelles a annoncé observer de près l’impact des mesures sur le budget 2019. Il y a quelques jours, pourtant, sur France Inter, le Commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, s’était montré conciliant quand Gérard Darmanin, le ministre du budget, disait qu’il n’y avait pas le paradis à 2,9% et l’enfer à 3,1%... On est désormais bien au-delà, sauf coup de frein brutal aux dépenses publiques.

Ce terrain est d’autant plus inconfortable qu’Emmanuel Macron n’appartient pas au camp de ceux qui veulent faire sauter cette limite des 3% imposée par le Traité de Maastricht. Mais il sait surtout qu’on ne change pas les règles quand ça vous arrange.

L’impact de cette situation est d’abord politique. Il y a comme une banalisation d’Emmanuel Macron sur la scène européenne : il rejoint ses prédécesseurs qui ont reculé face à la protestation, il ne tient pas ses engagements.

Le Président français était déjà affaibli par son incapacité à entraîner ses partenaires dans sa vision de relance de l’Europe ; le soutien allemand sur lequel il comptait le plus, lui a fait largement défaut.

C’est donc un retour à la case départ pour un Président dont les partenaires européens doutent désormais de la capacité à réformer la France, passée en quelques semaines de rempart contre le populisme à pays à risque. Pour Emmanuel Macron, le chemin de la reconquête de crédibilité sera long.

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