La rue algérienne s’oppose à la tenue de l’élection présidentielle de jeudi, n’y voyant qu’une tentative de l’armée de perpétuer le système qui a été rejeté par des manifestations massives depuis dix mois. L'Algérie est de nouveau face à un moment de vérité.

Des manifestants opposés à l'organisation de l'élection présidentielle de jeudi sont bloqués par la police, mercredi 11 décembre dans le centre de la capitale, Alger.
Des manifestants opposés à l'organisation de l'élection présidentielle de jeudi sont bloqués par la police, mercredi 11 décembre dans le centre de la capitale, Alger. © AFP / Crédit RYAD KRAMDI / AFP

L’Algérie aura un nouveau Président ce soir ; mais ce qui aurait dû être l’aboutissement d’une transition démocratique, n’est pas de nature à mettre fin au « hirak », ce mouvement qui dure depuis le début de l’année, depuis la candidature avortée d’Abdelaziz Bouteflika.

Au contraire, les conditions dans lesquelles est organisé ce scrutin présidentiel, ont tout du passage en force du système que rejettent en bloc les manifestants. C’est en tout cas comme ça que le vivent ces Algériens qui, depuis dix mois, descendent en grands nombres dans les rues des villes algériennes pour demander la fin du système et pas seulement un changement de Président. 

Or si le système en question a changé les têtes et fait le ménage parmi ses personnages les plus compromis, il n’a pas changé de nature et reste contrôlé, in fine, par les militaires autour de l’homme fort du régime, le général Gaïd Salah, chef d’état-major depuis … quinze ans.

Aucun candidat n’est issu du mouvement de protestation massif des derniers mois, ils ont choisi de boycotter l’élection. Quatre des cinq prétendants ont servi comme ministre ou premier ministre pendant le règne d’Abdelaziz Bouteflika, et Alger bruisse de rumeurs sur le « candidat de l’état-major » qui l’emporterait.

Il n’y a donc pas de climat de confiance autour de ce scrutin, qui risque d’être marqué par une abstention massive et par des soupçons de résultat décidé ailleurs que dans les urnes.

La question qui se pose aujourd’hui est donc moins de savoir qui sera président, mais que fera le régime algérien après avoir rétabli une certaine légalité, à défaut de légitimité, à la tête de l’État. La crainte de nombreux activistes algériens est que la réponse soit dans une tentative de mettre fin par la force à ce mouvement exceptionnel, resté résolument pacifique jusqu’à présent.

Cette crainte se fonde d’abord sur le durcissement des dernières semaines. Selon la Ligue algérienne des droits de l’homme, quelque 130 personnes sont actuellement en détention, arrêtées lors des manifestations ou désignées individuellement. Parmi elles, des militants associatifs, des syndicalistes, des journalistes et des blogueurs, des personnes actives dans un mouvement sans dirigeants clairement identifiés, et donc plus difficile à briser. 

C’est une répression soft : on n’est pas dans un scénario comparable à ce qui se passe en Irak où les morts se comptent par centaines depuis le début du soulèvement ; mais répression quand même.

Les prochains jours et prochaines semaines seront donc un nouveau moment de vérité pour l’Algérie, entre d’un côté, un système qui tente une opération « ravalement de façade » pour mieux survivre, y compris avec de lourdes condamnations de politiciens et hommes d’affaires corrompus ; et de l’autre, la poursuite d’un mouvement qui veut rompre avec un passé qui ne passe plus, et réclame une deuxième république. 

Comme tous les moments de vérité, il comporte sa part de risque, les Algériens le savent ; mais après dix mois de protestations massives, ils ne vont certainement pas renoncer à ce qu’ils appellent une « deuxième indépendance »

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