En route pour l’Inde, Dominique de Villepin fait escale à Kaboul. Il y confirmera, ce matin, aux autorités afghanes la disposition de l’Europe à prendre le commandement, à compter de juillet, de la Force internationale d’aide à la stabilisation crée, sous mandat de l’Onu, après la chute du régime taliban. L’Europe, ce n’est en l’occurrence pas l’Union européenne qui ne dispose pas, en tant que telle, de moyens militaires mais l’Eurocorps, l’embryon d’armée commune esquissée par la France et l’Allemagne avec la participation de l’Espagne, de la Belgique et du Luxembourg. Cet Eurocorps n’avait encore jamais été utilisé. Ce sera son baptême du feu, un événement d’autant plus important que ses forces seront mobilisées en dehors du territoire de l’Union, loin même de ses frontières et dans un pays où la sécurité directe de l’Europe n’est pas en jeu. L’Europe, une fois n’est pas coutume, va là un peu plus vite que la musique, agit comme si elle était déjà la puissance politique qu’elle peine tant à devenir. Cette décision n’a, autrement dit, pas été facile à prendre mais si la France et l’Allemagne, leurs ministères des Affaires étrangères au premier chef, ont beaucoup poussé cette idée, depuis de longs mois maintenant, c’est que cette Force internationale d’aide à la stabilisation, la FIAS, conduit à leurs yeux une opération modèle, dans sa forme et ses objectifs. Elle a pour but d’aider à la reconstruction d’un pays dont la stabilité est de l’intérêt de tous, dans la région et dans le monde. Elle a été constituée par le Conseil de sécurité, agit donc dans la plus totale légalité internationale et, mieux encore, en prenant ainsi, par le biais de l’Eurocorps, le commandement de ces six mille hommes, la France et l’Allemagne vont de fait piloter des troupes de l’Otan puisque la FIAS est composé de contingents des pays de l’Alliance atlantique et utilise ses moyens logistiques. Non seulement la France et l’Allemagne trouvent là l’occasion d’illustrer l’idée qu’elles se font de la défense de la stabilité internationale mais elles vont aussi mettre en pratique l’idée qu’elles se font de l’Otan et de ses rapports avec l’Europe, montrer qu’une Défense européenne ne serait pas incompatible avec l’Alliance atlantique mais la renforcerait au contraire en y mettant sur pied d’égalité politique l’Europe et les Etats-Unis. Tout amenait ainsi la FrancAllemagne à engager l’Eurocorps en Afghanistan, d’autant plus que les Etats-Unis étaient demandeurs et qu’il n’y avait pas foule d’autres candidats, qu’il n’y en avait, en vérité, pas d’autres. C’était presque l’Europe ou rien et cela aussi fut déterminant dans cette décision car l’Afghanistan donnait à voir le besoin d’Europe, que l’unité européenne n’est pas seulement nécessaire aux Européens mais au monde également. Le problème est que tout cela crée une obligation de résultats. L’Europe doit maintenant avoir une vraie valeur ajoutée en Afghanistan. Ce ne sera pas simple. La situation est difficile, complexe, dangereuse et, pour l’instant, l’Eurocorps ne s’engage que pour six mois. Ce n’est pas assez, trop timide car l’Europe ne pourra pas faire les choses à moitié.

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