Il n’y a pas que les chercheurs, les sondages, la crise, la Guadeloupe et les accusations d’entrave à la concurrence que le plan d’aide à l’automobile française suscite dans le reste de l’Union. Dans la passe que traverse Nicolas Sarkozy, il va devoir affronter aussi le malaise que provoque sa volonté de faire revenir la France dans le commandement intégré de l’Otan que le général de Gaulle lui avait fait quitter en 1966. « Rien ne justifie une telle décision (qui) ébranle les fondements de la politique étrangère française », déclarent les socialistes. François Bayrou exige, lui, un référendum, estimant qu’il s’agirait d’un « aller sans retour », d’un « abandon de notre identité dans le concert des nations » que la France consentirait, dit-il, « pour rien ». Dominique de Villepin juge que la France se trouverait ainsi « rétrécie sur le plan diplomatique » et, à l’UMP, ses partisans ne sont pas seuls, loin de là, à s’opposer à cette rupture avec l’héritage gaulliste. La tempête est telle que le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, sera entendu ce matin par les commissions des Affaires étrangères et de la Défense de l’Assemblée nationale avant d’être reçu par le président de la République qui vient de confirmer sa décision, le week-end dernier, à Munich. Pour Nicolas Sarkozy, ce retour plein et entier dans l’Otan avait, d’abord, découlé d’une américanophilie et d’un atlantisme qui ne lui faisaient voir que de vieilles lunes dans les distances que le général de Gaulle avait prises avec l’Otan sans toutefois rompre – la différence est essentielle – avec l’Alliance atlantique dont l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, l’Otan, est le bras armé. De Gaulle voulait une France appartenant au camp occidental mais maîtresse de ses choix diplomatiques et militaires. Nicolas Sarkozy considérait, lui, que cette posture n’avait plus de sens dès lors que la Guerre froide était finie et que la France ne pouvait plus s’affirmer en pont entre les blocs. Il était tellement décidé à tourner cette page qu’il avait fait part de sa décision à Gordon Brown sitôt après son élection et ce n’est que sur les instances de son conseiller diplomatique et du Quai d’Orsay qu’il l’avait ensuite affinée en la présentant comme un moyen de convaincre les Etats-Unis et les plus atlantistes des Européens, Europe centrale en tête, d’accepter la constitution d’une Europe de la Défense. Il y avait là une idée. Elle aurait pu être bonne mais, dès lors que la décision du président était connue, il n’y avait plus de marchandage possible et, en fait d’Europe de la Défense, Nicolas Sarkozy a obtenu deux commandements de l’Otan pour la France. Par sa hâte, il a gâché une possibilité et il est, maintenant, trop tard pour qu’il se déjuge. Il y a tout lieu de le déplorer mais la France va-t-elle, pour autant, s’inféoder aux Etats-Unis ? Non. Elle perdra une singularité qui lui était profitable mais, pas plus que l’Allemagne au moment de l’Irak, elle ne sera obligée de s’associer à une guerre dont elle ne voudrait pas et, surtout, l’Amérique n’est plus en position, et ne le redeviendra pas, d’imposer sa politique à ses alliés. La France gâche une carte mais ne perd pas son indépendance.

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