L’idée faisait peur, dans presque dans toute l’Union et, notamment, en Allemagne. Ces mots mêmes de « gouvernement économique » de l’Europe étaient considérés comme des gros mots à ne pas employer, trop étatistes, trop dirigistes, trop français, mais, hier, au Conseil européen, avant, pendant et après ce conclave des 27 chefs d’Etat et de gouvernement, on n’entendait qu’eux et Angela Merkel elle-même, les a prononcés, comme si de rien n’était. C’est elle qui a dit : « L’Union européenne doit mieux coopérer ce qui signifie que nous, les chefs d’Etat et de gouvernement, nous considérons comme un gouvernement économique des 27 ». C’est encore elle qui a dit : « Nous sommes d’accord pour nous concentrer sur un petit nombre de points mais qu’il faudra mettre en application ensemble. La crédibilité est la chose la plus importante pour un gouvernement économique européen » et Nicolas Sarkozy, bien sûr, n’était pas en reste. Président de la République française, du pays qui a toujours défendu cette idée avec le seul appui ou presque de la Belgique et du Luxembourg, lui-même convaincu de longue date de cette nécessité pour l’Europe, a renchéri : « Ce qui s’est passé est très important car je n’ai pas entendu un seul pays contester la nécessité du gouvernement économique de l’Europe. Tout le monde est bien d’accord, a-t-il ajouté. C’est l’une des leçons de la crise et le gouvernement économique, cela veut dire que l’on va évaluer la situation, coordonner les politiques, organiser des initiatives dans le cadre du Conseil ». Rien ne se fait jamais d’un coup dans l’Union car elle est composée de 27 Etats, tous à cheval sur leur souveraineté et confrontés à des cultures politiques et des niveaux de développement différents, mais Nicolas Sarkozy a raison d’insister sur l’importance de ce qui vient de se produire là. On n’en est pas encore à l’harmonisation des fiscalités ou des systèmes de protection sociale. On n’évoque pas même encore ce qui aurait dû être fait depuis longtemps dès lors qu’il y a un marché commun et une monnaie unique mais, oui, les défis de la crise de Wall Street et les attaques spéculatives lancées contre les maillons faibles de l’Union, Grèce en tête, ont précipité l’acceptation de cette idée d’un directoire économique, constitué par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement et centré sur des objectifs acceptés par tous, essentiellement proposés par la France et l’Allemagne, toujours en cours de négociations mais qui devraient être assez prochainement annoncés, au printemps sans doute. Bien plus qu’à moitié vide -ce qu'il est-, le verre est à moitié plein, non seulement parce qu’un pas essentiel vient d’être fait mais, surtout, parce qu’il porte en lui une dynamique d’harmonisation des politiques et d’ambitions communes dont le manque est la grande faiblesse de l’Europe. C’est un coup d’accélérateur qui vient d’être donné à l’Union, voulu par son nouveau président, Herman van Rompuy, permis par la France et l’Allemagne qui y travaillaient depuis l’été et accepté, c’est un fait, par tous les pays membres, y compris la Grande-Bretagne – celle, il est vrai, d’une majorité travailliste dont les mois paraissent comptés.

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