Le premier ministre hongrois a annoncé un plan de mesures destinées à encourager la natalité, inférieure en Hongrie à la moyenne européenne. Le pendant à son refus catégorique d’accepter la moindre immigration.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban annonce ses mesures pro-natalité lors de son discours sur l’état de l’union, dimanche 10 février 2019 à Budapest, devant une nuée de drapeaux hongrois mais pas un seul de l'Europe.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban annonce ses mesures pro-natalité lors de son discours sur l’état de l’union, dimanche 10 février 2019 à Budapest, devant une nuée de drapeaux hongrois mais pas un seul de l'Europe. © AFP / ATTILA KISBENEDEK / AFP

On ne pourra pas accuser Viktor Orban de manquer de cohérence. Le premier ministre hongrois s’est fait le fer de lance de la lutte contre l’immigration en Europe ; il est fort logiquement aussi, celui d’une politique nataliste à outrance. Avec un slogan simple et limpide : « Nous voulons des enfants hongrois, l’immigration est une capitulation ».

Le premier ministre a annoncé dans un grand discours à la nation dimanche des mesures radicales pour encourager la natalité en berne. L’exonération à vie de l’impôt à partir du quatrième enfant ; un prêt à taux réduit de dix millions de forints, soit environ 32 000 euros, à toutes les femmes mariées de moins de quarante ans, non remboursable à partir du troisième enfant ; une aide à l’achat d’une voiture de sept places …

Ce catalogue s’accompagne d’un discours idéologique fort, centré sur le refus de l’immigration. Et l’épouvantail, c’est l’Europe de l’Ouest, et en particulier l’Allemagne qui compense sa baisse de natalité par le recours à l’immigration. Il accuse Bruxelles de vouloir imposer cette immigration à tout le continent.

La question de la natalité est une des clés essentielles pour comprendre l’évolution de l’Europe centrale et orientale. Car il ne s’agit pas seulement du nombre de naissances, mais aussi de l’exode des jeunes.

En Hongrie, le taux de fécondité n’est que de 1,45 enfant par femme, contre 1,58 pour la moyenne de l’Union européenne ; en France il était de 1,87 l’an dernier.

Mais à cette faible fécondité, s’ajoute le poids des départs de centaines de milliers de Hongrois partis vivre et travailler dans le reste de l’Europe. Au point que la population baisse, comme dans plusieurs pays de la région : de dix millions aujourd’hui, elle pourrait tomber à huit millions en 2050 si rien ne change.

Pour un ancien empire, c’est un nouveau traumatisme qui s’ajoute à celui du redécoupage des frontières, à la fin de la Première guerre mondiale, qui lui a fait perdre des millions de sujets dispersés chez ses voisins (Roumanie, Slovaquie, Serbie...). De quoi poser, aussi, de sérieux problèmes à une économie qui ne trouve plus de main d’œuvre, mais refuse de faire appel à des étrangers.

Viktor Orban a une vision très idéologique. Il cultive une image ultra-conservatrice de la place de la femme, renvoyée à sa fonction de reproduction et de mère, et combat toute idée vaguement féministe, coupant les crédits des ONG ou des études de genre à l’université.

Ce faisant, il va à contre-courant de l’évolution des sociétés urbanisées et modernes, en Hongrie comme ailleurs dans le monde. C’est pour ça que Viktor Orban y ajoute une dimension de mission nationale, pour sauver l’Occident chrétien.

Il en appellerait presque au sacrifice des femmes pour protéger la nation face aux invasions barbares auxquelles, selon lui, les Européens de l’ouest ont ouvert les portes. Celles de l’enfer évidemment. Ca ne fera peut-être pas beaucoup plus de bébés, mais ça peut rapporter des voix aux Européennes.

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