Libérer la secrétaire générale du petit Parti des travailleurs est une excellente chose. Mais le régime se méfie toujours des plus charismatiques des leaders du mouvement Hirak toujours emprisonnés.

Louisa Hanoune, leader du Parti des Travailleurs d’Algérie, après avoir été libérée de prison, Blida, 10 février 2020
Louisa Hanoune, leader du Parti des Travailleurs d’Algérie, après avoir été libérée de prison, Blida, 10 février 2020 © AFP / BILLAL BENSALEM / NURPHOTO

En Algérie, Louisa Hanoune a retrouvé la liberté et c'est une excellente nouvelle. Louisa Hanoune est la secrétaire générale du Parti des travailleurs et elle avait été arrêtée il y a plus de 9 mois en même temps, entre autres, que Saïd Bouteflika, le frère de l'ancien président, et le maître espion Toufik.

On les accusait de « complot contre l'autorité de l'Etat » et « atteinte à l'autorité de l'armée ». À l'heure du verdict, le frère du de l'ex-président et les deux anciens généraux des renseignements, Toufik et Bashir, ont écopé de 15 ans de prison ferme.

Quant à Louisa Hanoune, elle a été condamné à 3 ans de prison dont 9 mois ferme : ça tombe bien, c'est pile la détention qu'elle a déjà effectué. La voilà donc sortie de prison. 

Que faisait-elle encore sous les barreaux ?

Sa détention était en fait le signe de l'extrême nervosité du système algérien en milieu d'année dernière, alors que le mouvement Hirak jetait des millions d'Algériens dans les rues. Pas question de laisser un seul leader charismatique et expérimenté s'imposer.

Mme Hanoune est une figure périphérique mais populaire de la vie politique algérienne. Son petit parti trotskiste n'a jamais menacé le régime mais il est extrêmement bien organisé, avec de vrais militants et des leaders conséquents et surtout très politiques.

Sur un malentendu, elle aurait pu imposer auprès des manifestants d'Hirak sans leader son expérience et son image beaucoup moins ternie que celle de la plupart des politiques algériens. En clair, les militaires n'ont voulu prendre aucun risque : au trou !

Ceux que le régime libère et ceux dont il se méfie encore

En prison, il reste en fait, à la fois ceux que le régime a voulu donner en pâture aux Algériens révoltés – Saïd Bouteflika, détesté par la rue algérienne, en est le parfait exemple – et ceux que l'Armée craint encore, à l'image de Karim Tabbou.

Karim Tabbou est un jeun leader politique de 46 ans. C'est très jeune pour une gérontocratie comme l'Algérie. Il a créé un parti en 2013, l'Union démocratique et sociale, qui n'a jamais été officiellement enregistré. Il est charismatique et populaire.

Dès les premiers jours du mouvement Hirak, en février 2019, il a su haranguer les foules, les mobiliser, les politiser. Lui est vraiment dangereux et, évidemment, pas question de le sortir de prison où il croupit pour « participation en temps de paix à une entreprise de démoralisation de l'armée ».

L'armée algérienne reste donc sur ses gardes : elle élargit Louisa Hanoune par qu'elle constate que le mouvement Hirak, même s'il continue de mobiliser les étudiants et les avocats tous les mardi et le reste de la population, tous les vendredi, s'essouffle.

Mais pas question de relâcher la vigilance. Après tout, personne n'a cru à l'élection d'Abdelmadjid Tebboune à la présidence, même l'intéressé d'ailleurs, et le mouvement peut repartir dès les beaux jours.  

Donc Louisa Hanoune libérée, ok, c'est au fond sans danger et ça permet d'afficher une certane indulgence et modération. Mais Karim Tabbou, certainement pas ! Celui-là non seulement on ne le contrôle pas mais il a des idées et du courage. Il restera incarcéré

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.