Contre la junte birmane ou en favorisant la libération d’une féministe saoudienne, l’administration Biden montre son insistance sur les droits de l’homme. Gardera-t-il ce cap ou sera-t-il rattrapé par la realpolitik comme ses prédécesseurs ?

Le Président Joe Biden lors de l’annonce de sanctions contre la junte militaire birmane, le 10 février 2021 à la Maison Blanche.
Le Président Joe Biden lors de l’annonce de sanctions contre la junte militaire birmane, le 10 février 2021 à la Maison Blanche. © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Il est de coutume que les Présidents démocrates commencent leur mandat en défenseurs des droits de l’homme, pour terminer en adeptes de la realpolitik. Le seul qui soit resté fidèle à ses engagements, c’est Jimmy Carter, qui n’a pas été réélu. Même Barack Obama, prix Nobel de la paix avant d’avoir réellement agi, a été pris dans les contradictions du pouvoir, incapable de fermer la prison de Guantanamo ou multipliant les bombardements par drones.

Joe Biden a lui aussi de fortes convictions en matière de droits de l’homme, et il les affiche d’entrée de jeu. Hier, il a signé un décret présidentiel imposant des sanctions à la junte militaire birmane qui a pris le pouvoir la semaine dernière. Le langage est très musclé puisqu’il parle d’une « menace à la sécurité nationale » des États-Unis, ce qui est surprenant, mais permet de frapper fort les généraux birmans et leurs intérêts économiques personnels.

On retrouve le même engagement face à l’Arabie saoudite avec la libération de la militante féministe Loujain Al-Hathloul après 1000 jours de prison. Officiellement, c’est une décision souveraine de l’homme fort de Ryad, le prince héritier Mohammed Ben Salman ; mais il n’est pas difficile de comprendre qu’il a voulu se mettre en phase avec la nouvelle donne diplomatique.

Le Conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, un très proche du Président, a tweeté sa satisfaction de voir la féministe saoudienne libérée ; et pour que les choses soient très claires, il a rappelé son tweet de décembre, lors de la condamnation de la jeune femme à une peine de prison. 

Jake Sullivan écrivait, quelques semaines donc avant l’entrée de Joe Biden à la Maison Blanche : « la condamnation de Loujain al-Hathloul pour avoir simplement exercé ses droits universels est injuste et dérangeante. L’administration Biden-Harris s’opposera aux violations des droits de l’homme où qu’elles se produisent ».

« Où qu’elles se produisent », la formule est forte s’agissant d’un proche allié des États-Unis, que Donald Trump n’avait cessé de couvrir quoi qu’il fasse : la terrible guerre au Yémen ou l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Le virage est ici spectaculaire.

Les droits de l’homme ont aussi figuré en bonne place dans le premier entretien téléphonique entre Joe Biden et le chinois Xi Jinping, et dans toutes ses déclarations de politique internationale.

La question est donc de savoir si ça va durer, car l’exercice du pouvoir oblige souvent à choisir entre de mauvaises solutions, dans lesquelles les droits de l’homme sont parfois la variable d’ajustement.

Dans ses mémoires, Barack Obama évoque des décisions difficiles qu’il a eu à prendre, dans lesquelles ses principes ont parfois dû être sacrifiés. Joe Biden et son équipe qui partage ses convictions, seront assurément confronté aux mêmes dilemmes.

D’autant qu’il arrive à un moment où les droits de l’homme sont malmenés un peu partout, chez ses « rivaux stratégiques », la Russie ou la Chine ; mais aussi chez ses amis supposés, Turcs, Saoudiens, et même dans l’arrière-cour de cet allié israélien qu’il n’a pas encore eu le temps d’appeler. 

Il faudra donc les nerfs solides à Joe Biden pour garder le cap qu’il a fixé : « America is back », a-t-il proclamé, mais espérons que les droits de l’homme aussi seront de retour, et durablement.

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