Rien n’est simple au Proche-Orient, particulièrement pas pour l’Amérique. Les Etats-Unis venaient à peine d’envoyer des signaux d’ouverture à Téhéran, de jeter les bases d’une reprise du dialogue avec l’Iran sans laquelle ils auront beaucoup de difficultés à stabiliser l’Irak que les ayatollahs les plus conservateurs leur compliquent la tâche en lançant une attaque frontale contre les réformateurs iraniens. Le 20 février, l’Iran vote car il y a des élections en Iran. Depuis 1997, à une exception près, elles donnent même régulièrement la victoire aux candidats du changement, à des hommes et des femmes issus du régime islamique mais qui veulent séparer l’Eglise et l’Etat, soit pour affirmer la démocratie, soit pour sauver l’Islam du discrédit que lui vaut la crise économique et politique du pays, soit encore pour ces deux raisons à la fois. Portés par l’assentiment populaire, les réformateurs occupent ainsi 210 des 290 sièges du Parlement sortant mais, de même qu’aucune des lois qu’ils votent ne peut entrer en vigueur sans le feu vert d’instances cléricales contrôlées par les conservateurs, ils ne peuvent même pas faire acte de candidature sans l’aval de ces mêmes instances. Après ces sept années de bras de fer entre les deux pouvoirs iraniens, entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique, entre les deux légitimités constitutionnelles de la République islamique, les législatives de février s’annonçaient donc décisives. Qu’allaient faire les conservateurs ? Allaient-ils composer ou se raidir encore ? Allaient-ils n’interdire que quelques candidatures, celles de leurs adversaires les plus radicaux, ou bien faire de ces élections une parodie en empêchant tous les réformateurs de solliciter le suffrage des Iraniens ? Hier, la réponse est tombée, sans ambiguïtés. Plus de 2000 candidatures ont été interdites, dont celles de plus de 80 des députés réformateurs sortants. Les chiffres sont imprécis car il n’a pas été publié de listes mais on sait déjà que le Conseil des Gardiens de la Constitution a éliminé toutes les personnalités réformatrices en vue dont Mohammad Reza Khatami, frère du président de la République et chef de file du premier parti de la majorité sortante. C’est une déclaration de guerre des conservateurs. Elle a non seulement suscité un sit-in des députés devant le Parlement et un communiqué de protestation du ministre de l’Intérieur, un réformateur, mais conduit aussi la totalité des gouverneurs de province à déclarer ensemble, et publiquement, que les « conditions d’élections libres » n’étaient, dans ces conditions, « pas réunies ». La crise est sans précédent mais qu’elle débouche sur un mauvais compromis ou de véritables affrontements, la situation est complexe pour l’Amérique. Ou bien elle donne la priorité à la stabilisation de l’Irak et conforte les conservateurs en développant, malgré tout, le dialogue avec eux, ou bien elle durcit le ton et s’expose à des problèmes en Irak. On verra mais, à tort ou à raison, les conservateurs iraniens ne doutent pas, eux, du réalisme de la Maison-Blanche.

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