Aux termes de sa charte, le Hamas veut la destruction d’Israël. C’est clair. C’est net, aussi net que les déclarations du Président iranien, l’un de ses principaux soutiens, mais depuis que le Mouvement de la résistance islamique a remporté les élections palestiniennes de janvier 2006 ses dirigeants ne cessent plus de nuancer leur position. Cela a commencé dès le mois de février avec des déclarations de ses ministres truffant leur dogme de « mais », de « si » et de demi ouvertures aussitôt démenties mais néanmoins faites. On sentait bien, depuis un an, que le Hamas ne savait plus trop quoi faire d’une charte qu’il ne veut ni modifier ni porter comme un fardeau lui interdisant tout jeu politique mais, soudain, quelque chose a bougé, vraiment bougé. De Damas où il vit, le chef du bureau politique du mouvement, Khaled Meschaal, vient de déclarer à l’agence Reuters qu’Israël était une « réalité ». « C’est un fait », a-t-il constaté en esquissant une approche qui tente, pour la première fois, de concilier le maintien de la charte et une perspective de paix. Ecoutons le, c’est lui parle : « Le problème n’est pas qu’il y ait une entité nommée Israël. Le problème est qu’il n’existe pas d’Etat palestinien », dit-il avant d’ajouter : « Comme Palestinien, j’exprime la revendication arabe et palestinienne d’un Etat dans les frontières de 1967. Il est vrai, poursuit-il, que dans la réalité il restera un Etat ou une entité du nom d’Israël sur le reste de la terre palestinienne mais cette réalité, je ne la traiterai pas en termes de reconnaissance ou d’admission ». Compliqué ? Oui, bien sûr mais l’exégèse de ce propos alambiqué l’est moins. Ce que le plus intransigeant des dirigeants du Hamas vient de dire là c’est que, charte ou pas, sa revendication n’est pas - n’est plus - la création d’un Etat dans les frontières de la Palestine du mandat britannique, celle d’avant la création d’Israël, mais dans les frontières de 1967, celles d’avant l’occupation des Territoires palestiniens par Israël. En un mot, Khaled Meschaal vient de dire qu’il acceptait désormais l’idée d’un partage, que son problème n’était pas l’existence d’Israël mais la non-existence d’une Palestine et qu’il fallait, à ses yeux, remédier à la seconde avant de reconnaître la première, diplomatiquement parlant. Bien, mais dans la pratique ? Eh bien, dans la pratique, ces glissements sémantiques pourraient avoir une importance capitale car le Hamas n’a dès lors plus d’objection de principe à ce que le Président palestinien, Mahmoud Abbas, mène les négociations qu’il souhaite ouvrir avec les Israéliens sur la coexistence de deux Etats le long de ces mêmes frontières de 1967. Cela ne signifie malheureusement pas qu’on en soit là mais Khaled Meschaal a, de fait, levé un obstacle de taille alors même que les régimes arabes, Syrie comprise, le pays dont il dépend, poussent en ce sens et que les grandes puissances, Etats-Unis compris, souhaitent relancer le processus de paix israélo-palestinien. Dans le puzzle de l’espoir, une pièce dessine un chemin.

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