Guerre ou pas, tout se sait en Israël. Le pays est si petit que tous les journalistes connaissent personnellement plusieurs ministres et ce qui ne se publie pas dans la journée, s’y raconte dans l’heure. Hier soir, le dernier bruit était que les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Tzipi Livni et Ehud Barak, les deux ministres qui comptent au gouvernement, étaient d’accord pour cesser les hostilités, même sans garanties du Hamas négociées par l’Egypte. Ils considèrent l’un et l’autre que, de toute manière, le Mouvement de la résistance islamique ne tiendra pas les engagements qu’il prendrait, qu’il n’y a, donc, pas lieu, de perdre du temps à les obtenir et qu’il suffit de lui faire savoir que, même après un arrêt des opérations israéliennes, toute reprise des tirs entraînerait une riposte immédiate. Alors ? Bientôt la fin du cauchemar pour la population de Gaza, comme prévu ? Aujourd’hui ? Demain ? Ce n’est pas impossible mais loin d’être certain car Ehud Barak s’est, en revanche, rallié à la position du Premier ministre, Ehud Olmert, et conditionne à son tour le cessez-le-feu à un accord avec l’Egypte sur la sécurisation de sa frontière avec Gaza – sur le blocage, autrement dit, du passage clandestin, par des tunnels souterrains, des armes iraniennes destinées au Hamas. Entre Jérusalem et Le Caire, ça négocie non-stop, mais ça grippe. L’accord n’est pas fait et pas seulement parce que l’Egypte – souveraineté nationale oblige – ne veut pas entendre parler d’un déploiement sur son territoire de forces internationales qui viendraient l’épauler, voire contrôler son ardeur à endiguer cette contrebande. Quel que soit son désir de contrecarrer le Hamas et l’Iran, l’Egypte hésite à s’engager à ce que plus aucune arme ne passe à Gaza car elle sait qu’elle aura du mal à tenir parole. Le Sinaï est loin du Caire. Trop mal payés pour ne pas l’être, les fonctionnaires égyptiens sont corruptibles et toute la population du Sinaï, surtout, les Bédouins, vit de ce trafic, sans qu’il y ait d’autres revenus à leur offrir. Comme celui de la drogue en Afghanistan, le trafic des armes iraniennes dans le Sinaï est également, d’abord, un problème social, difficilement soluble. L’Egypte ne voudrait pas avoir à l’affronter seule. Elle voudrait qu’on l’y aide financièrement et voudrait, surtout – on en parlait vendredi – ne plus avoir à limiter ses effectifs militaires dans le Sinaï, comme l’y oblige l’accord de paix avec Israël, signé il y a trente ans. Là, ce sont les Israéliens qui ne sont plus trop chauds, non pas qu’ils craignent quoi que ce soit de l’Egypte actuelle mais parce qu’ils connaissent bien sa politique intérieure. Même s’ils ne le disent pas publiquement, ils savent qu’Hosni Moubarak n’est plus tout jeune, que sa santé n’est pas excellente et que, même s’il met son fils en place, comme il souhaite, sa succession pourrait ouvrir la voie aux Frères musulmans, le mouvement islamiste égyptien dont le Hamas est la branche palestinienne. Alors, oui, ça patine.

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