C’est apparemment une guerre qui n’en finit pas de ne pas commencer. Il y a une demi-douzaine d’années maintenant que les diplomates, la presse et les états-majors du monde entier pèsent et soupèsent les signes et les possibilités d’une attaque aérienne contre les sites souterrains où l’Iran développe son programme nucléaires, qu’ils se demandent si ce sont les Etats-Unis ou Israël qui passeront à l’attaque - si attaque il y a - et que l’ombre de cette guerre virtuelle, certaine pour les uns, improbable pour les autres, brouille le paysage proche-oriental.

Ces interrogations ne sont plus de mise. Cette guerre a commencé, elle bat même son plein, mais c’est une guerre qui ne dit pas son nom, une guerre de l’ombre, une guerre de services secrets comme les scénaristes de James Bond n’en ont jamais imaginé. Son dernier épisode connu s’est déroulé hier matin à Téhéran lorsqu’un motard a soudain placé une bombe magnétique sur la voiture d’un jeune ingénieur nucléaire, Mostafa Ahmadi Roshan, travaillant sur le site d’enrichissement d’uranium de Natanz, près d’Ispahan. L’ingénieur a été tué sur le coup. Son chauffeur l’a également été, son garde du corps a été blessé, et il s’agissait là du quatrième attentat de ce type en deux ans.

Le 12 janvier 2010, un physicien de renom international, Massoud Ali Mohammadi, est tué par l’explosion d’une moto piégée alors qu’il sortait de son domicile de Téhéran. Le 29 novembre suivant, le fondateur de la Société nucléaire d’Iran, Majid Shahriari, en charge d’un « des grands projets de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique », diront les autorités de la République islamique, est tué par une bombe, aimantée à son véhicule. Le même jour, un autre physicien nucléaire, Fereydoum Abbassi Davani, survit à un attentat du même type et, le 23 juillet dernier, c’est un scientifique travaillant pour le ministère de la Défense et spécialiste du nucléaire, Darioush Rezainejad, sur lequel des motards tirent une rafale mortelle.

Quatre assassinats en deux ans, organisés dans les mêmes conditions et visant tous des spécialistes du nucléaire, ce n’est évidemment pas un hasard. Tout cela relève d’une opération organisée et extrêmement sophistiquée car il faut non seulement connaître les adresses et les habitudes des personnes visées mais pouvoir opérer et se planquer en plein cœur de Téhéran où la police est omniprésente, et ce n’est pas tout. Depuis 2009, le programme nucléaire iranien a été victime, à deux reprises au moins, d’une attaque de virus informatiques particulièrement redoutables, deux explosions ont anéanti, ces derniers mois, des sites nucléaire et militaire iraniens et, le 24 mai dernier, une autre explosion, officiellement attribuée à un simple problème technique, avait secoué une raffinerie de pétrole durant une visite du chef de l’Etat, Mahmoud Ahmadinejad.

Non déclarée, c’est une guerre mais qui la mène contre ? Israël dit ne pas le savoir mais « ne pas verser une larme » sur le meurtre d’hier que les Etats-Unis ont, eux, condamné. Une guerre secrète n’est jamais revendiquée mais il ne serait désormais plus étonnant que l’Iran contre-attaque car il a, lui aussi, des barbouzes qu’il a, déjà, tenté d’utiliser contre les Etats-Unis.

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