L’Espagne ou les Etats-Unis avaient été bien plus durement frappés que nous. Il y avait eu quelques cent morts dans le métro de Madrid, plus de trois mille dans les tours de New York mais on n’y avait pas vu de dirigeants étrangers venir manifester en aussi grand nombre aux côtés des madrilènes et des new-yorkais et il n’y avait pas eu tant de manifestations de soutien aux quatre coins du globe, 18 000 personnes à Berlin, des centaines ou des milliers à Athènes, Bujumbura, Oulan Bator ou Beyrouth, 20 000 à Bruxelles, 25 000 à Montréal. L’émotion, en un mot, n’avait pas été aussi immense et universelle.

Force est ainsi de constater que la France continue d’occuper une place à part dans le cœur du monde mais à quoi le doit-elle ?

Nous le devons d’abord, plus de deux siècles plus tard, à la Révolution française qui a si durablement identifié notre pays à la liberté, aux droits de l’homme, à l’égalité, à la fraternité. Nous n’avons pas toujours été, et loin de là, à la hauteur des principes dont nous nous revendiquons mais, même lorsque l’Etat faillait, il y eut toujours de grands hommes, de grands Français dont les noms demeurent connus et révérés sur les cinq continents, pour défendre nos idéaux et porter haut notre flamme.

Il y eut ensuite le général de Gaulle, l’appel du 18 juin, la Résistance qui ont ravivé l’aura de la France avant que la diplomatie gaulliste ne donne à notre pays la si singulière, noble et avantageuse posture d’une puissance occidentale au-dessus de l’affrontement des blocs, d’un pays indépendant et fier qui parlait pour lui-même et le monde.

Ce sont les premières raisons de cette ampleur de l’émotion internationale mais elles ne suffisent pourtant pas à l’expliquer. Il n’y a pas que l’histoire qui ait joué là. Il y a aussi cette extraordinaire intelligence collective dont les Français ont su faire preuve en se ressemblant dès mercredi soir, en silence, en larmes et dans une absolue dignité, sur les places de leurs villes et bien sûr, à Paris, Place de la République, de la République bafouée.

François Hollande, au même moment, exprimait le sentiment national en appelant au rassemblement. Il a été plus qu’à la hauteur de sa tâche et la France lui doit, là, beaucoup, mais c’est pourtant bien la nation, la nation tout entière, qui a défini notre réaction, ce mépris des tueurs, ce refus de la haine, cette unanimité à ne pas confondre ces barbares et l’islam, cette force d’une nation qui faisait face, unie, jusqu’au point d’orgue d’hier.

Si le monde a tant été à nos côtés, c’est que nous avons forcé l’admiration par notre mesure et notre fraternité, par cette intelligence collective, oui, à laquelle je ne connais, pour ma part, qu’un précédent, celui de la Pologne aux temps de Solidarité.

En déclin la France ? Mais que les déclinistes qui le lui serinent depuis si longtemps, que les théoriciens de notre suicide et les prophètes de notre fin baissent la tête de honte devant un tel démenti. Nous traversons, oui, une mauvaise passe mais, non, la France n’est pas morte. Elle est plus vivante, douce et forte que jamais et les Français ont toute raison d’être fiers de l’être.

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