L’austérité vient maintenant s’ajouter aux mystères de la politique algérienne. Confrontée à l’effondrement des cours du pétrole dont elle tire une part essentielle de ses revenus, l’Algérie augmente ses prix à la consommation après avoir drastiquement réduit ses plans d’investissements.

Depuis le début de l’année, les Algériens paient leur essence 40% plus cher. Les prix des transports en ont été renchéris et le niveau de vie de la population s’en ressent d’autant plus que ceux de l’électricité et du gaz sont également partis à la hausse, comme ceux des produits d’importation mécaniquement relevés par la baisse du dinar, la monnaie nationale.

Dans tout pays, cela passerait mal mais, en Algérie, c’est tout particulièrement problématique car, aux temps des vaches grasses, des cours élevés du pétrole, le pouvoir politique avait pris l’habitude d’acheter la paix sociale. A la moindre revendication, les salaires, subventions et dotations des municipalités étaient augmentés. Le mot d’ordre était « pas de vague », « pas de contagion » puisque les milliards accumulés dans les coffres de l’Etat permettaient d’aussitôt éteindre tout mécontentement mais maintenant ?

Maintenant que les déficits explosent et que l’austérité s’impose, l’Algérie entre dans une nouvelle période sociopolitique au moment même où de grandes manœuvres sont en cours au sommet du pouvoir.

La certitude est qu'Abdelaziz Bouteflika prépare sa succession mais au profit de qui, dans quelles conditions et avec quelles évolutions en tête ?

Seule une poignée d’hommes le sait, dans l’entourage immédiat de ce président de 78 ans qui a entamé son quatrième mandat de suite en 2014 après avoir été frappé, un an plus tôt, par un AVC qui a sévèrement affecté son élocution et sa mobilité.

Officiellement, ses facultés intellectuelles ne sont pas atteintes mais on ignore si bien ce qu’il en est en fait que, début novembre, plusieurs personnalités dont la sympathie lui est pourtant acquise ont demandé à voir Abdelaziz Bouteflika pour s’assurer qu’il était toujours aux commandes, pleinement aux commandes.

C’est le premier des mystères politiques algériens mais peut-être pas le plus grand. Début septembre, le tout puissant général Toufik, patron depuis 25 ans du Département du renseignement et de la sécurité, du renseignement militaire hors duquel rien de se décidait en Algérie, est limogé du jour au lendemain par le président.

Un grand ménage s’ensuit à la tête du renseignement et deux autres coups de tonnerre vont suivre. Mort en exil en Suisse, Hocine Aït-Ahmed, l’un des pères de l’indépendance devenu le plus constant opposant au régime algérien, a droit à un hommage présidentiel et à des obsèques quasi nationales dans sa Kabylie natale. La présidence fait là des clins d’œil aux Kabyles dont la langue est ensuite promue langue officielle, au même titre que l’arabe, tandis que le nombre des mandats présidentiels est réduit à deux de suite.

Quelque chose change en Algérie mais au bénéfice de qui et pourquoi ? On ne sait pas.

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