Bons baisers de Russie

C’est le plus inouï des romans d’espionnage. Aucun auteur n’avait jamais été jusqu’à imaginer un président élu des Etats-Unis tenu par les services russes, avec échanges d’informations pendant huit ans et vidéo d’ébats tarifés et très hot filmés dans un hôtel de Moscou. On se pince, mais est-ce le roman vrai de Donald Trump, la réalité et non pas une simple fiction ?

Deux réponses à cela. La première est que non, ce n’est pas vrai puisqu’il n’y a pas l’ombre d’une preuve mais seulement un rapport demandé par des adversaires républicains de Donald Trump à un ancien agent britannique ayant travaillé à Moscou et aujourd’hui passé à une entreprise de renseignements privée. Ce rapport circulait depuis quelques temps dans les rédactions et les milieux politiques américains et le fait qu’un site, Buzzfeed, ait décidé de le publier il y a 36 heures ne lui donne pas, à lui seul, la moindre crédibilité.

Alors, non ? Rien de vrai ? Eh bien si, peut-être, car les services américains avaient jugé ces informations assez importantes pour les résumer dans un memo de deux pages qu’ils ont remis à Donald Trump, à Barack Obama et à de hauts responsables du Congrès. Ils n’ont pas validé ces informations, absolument pas, mais en auraient-ils fait état s’ils n’y avaient pas plus prêté attention qu’à de la littérature fantastique ?

C’est ambigu. Ils ont pu considérer que cette rumeur devenait un fait politique dont ils devaient avertir les plus niveaux de l’Etat. Ca peut n’être que cela, sauf… Sauf qu’il est en revanche établi, indiscutable et public, qu’un des anciens collaborateurs de Donald Trump, Paul Manafort, a travaillé, à Kiev, pour des gens proches du Kremlin et que le candidat républicain n’a pas été avare de compliments sur Vladimir Poutine qui le lui a bien rendu en torpillant Hillary Clinton par le piratage et la diffusion de mails internes à sa campagne.

Il n’y a pas de preuves, mais ce roman pourrait ne rien avoir d’une fiction.

Alors question : que peut-il arriver maintenant ?

Il est courant, dans ce genre d’affaires, que tout ne soit pas mis d’un coup sur la table. On fait sortir un bout de dossier pour déstabiliser la personne visée qui dément véhémentement comme vient de le faire Donald Trump et, la proie ferrée, on l’assomme d’un nouveau train de révélations. Si c’était le cas, s’il y a des preuves à venir, il ne serait pas impossible, probable même, que Donald Trump soit rapidement destitué mais on n’en est pas là.

On n’en est, aujourd’hui, qu’à un mandat démarrant, le 20 janvier, dans un invraisemblable chaos car, vérité ou manipulation, un immense point d’interrogation pèse désormais sur le prochain président des Etats-Unis. Donald Trump aura maintenant tant de mal à se rapprocher du Kremlin sans nourrir les soupçons qu’il a fini par admettre que les mails démocrates, c’était les Russes, et que, visage fermé, l’ami de Vladimir Poutine dont il veut faire son secrétaire d’Etat déclarait, hier, devant le Congrès, que la Russie était « un danger dont les alliés de l’Otan avaient raison de s’inquiéter ».

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