L'Iran divise l'Europe et les Etats-Unis comme ils ne l'ont jamais été.

C’est une première. Jamais, dans l’Histoire de l’après-guerre et de l’Alliance atlantique, les Etats-Unis et l’Europe n’ont autant divergé qu’en ce moment même sur l’Iran.

         La France, bien sûr, avait souvent fait cavalier seul depuis les années 60. Plus récemment, la France et l’Allemagne avaient tenté d’empêcher Georges Bush de se lancer dans son aventure irakienne. L’Alliance atlantique s’en était déjà sérieusement divisée mais la Grande-Bretagne et les pays d’Europe centrale étaient restés aux côtés de Washington alors que là, non. 

         En plein Brexit, le Royaume-Uni fait front avec l’Allemagne, la France et la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, c’est-à-dire avec les 27 Etats membres qui s’opposent tous à ce que la Maison-Blanche ne brise le compromis nucléaire passé avec l’Iran. 

         C’est un vrai débat, de fond, car Donald Trump considère, pour sa part, que cet accord auquel son prédécesseur avait tant œuvré est les plus mauvais qu’aient jamais signé les Etats-Unis et qu’il serait urgent d’en sortir. Comme l’ensemble du monde sunnite confronté à la projection de l’Iran chiite en plein cœur du Proche-Orient, comme Israël aussi qui doit désormais vivre sous la menace des missiles que Téhéran a fournis à ses protégés du Hezbollah libanais, le président américain pense que les Iraniens ont peut-être suspendu leur marche vers l’arme atomique mais n’ont pas renoncé à leur ambition de domination régionale et que la levée des sanctions qui les frappaient ne fait que les aider à financer leur effort de guerre.  

         A l’inverse, les Européens font valoir que si le compromis de 2015 était répudié il faudrait ou bien se résigner à voir l’Iran accéder à la bombe et enclencher ainsi une course à l’arme atomique dans toute la région ou bien aller bombarder ses sites nucléaires, sans certitude de résultat et au risque de représailles iraniennes sur les pays du Golfe et d’un blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite près d’un tiers du commerce pétrolier international. 

         Les Européens sont d’autant moins enclins à risquer une telle escalade que les Iraniens respectent leur signature et que ce compromis a conforté l’aile la plus modérée du régime. Ce sont deux visions des choses, si diamétralement opposées que les Britanniques et l’Union ne se sont pas contentés de toussoter. Vingt-quatre heures avant que Donald Trump ne décide aujourd’hui de rétablir ou non des sanctions économiques contre l’Iran, ils ont reçu hier, à Bruxelles, le ministre iranien des Affaires étrangères, ont souligné avec lui la nécessité de s’en tenir au compromis nucléaire mais ont également insisté sur leur volonté de voir Téhéran changer d’attitude régionale et ouvrir pour cela un « dialogue » avec l’Europe.     

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