Joe Biden a terminé les nominations aux postes-clé de son administration avec le choix de William Burns comme directeur de la CIA, un diplomate chevronné qui avait été l’homme des premiers contacts secrets avec l’Iran, conduisant à l’accord nucléaire de 2015.

William Burns, un diplomate de carrière de 64 ans, ancien ambassadeur en Russie et au Moyen Orient, haut fonctionnaire sous Obama, a été nommé Directeur de la CIA par le Président-élu Joe Biden.
William Burns, un diplomate de carrière de 64 ans, ancien ambassadeur en Russie et au Moyen Orient, haut fonctionnaire sous Obama, a été nommé Directeur de la CIA par le Président-élu Joe Biden. © AFP / Jim WATSON / AFP

Le Président-élu des États-Unis, Joe Biden, a complété hier son équipe de politique étrangère et de sécurité, avec la nomination d’un diplomate, William Burns, à la tête de la CIA. Un choix significatif à la fois parce qu’il est extérieur au monde du renseignement ; mais surtout parce qu’il a été l’homme des premiers contacts secrets avec l’Iran, qui ont abouti à l’accord nucléaire de 2015 dénoncé par Donald Trump.

De fait, les trois hommes-clé de l’équipe internationale de Joe Biden, qui s’installe dans huit jours, ont tous été associés à cet accord, un marqueur de l’ère Obama, et l’un des grands enjeux de la période à venir. 

William Burns, tout comme le conseiller national à la sécurité Jake Sullivan, et le Secrétaire d’État Antony Blinken, ont en commun non seulement d’avoir travaillé ensemble sous Obama, mais surtout d’incarner une véritable rupture avec l’unilatéralisme et le nationalisme à courte vue de Donald Trump.

Pour autant, ça n’est pas suffisant pour faire une politique étrangère cohérente, surtout dans le climat politique explosif dans lequel se déroule la transition.

Il ne s’agit pas pour autant d’un retour à la diplomatie d’Obama. Dans un article à la revue « The Atlantic » l’été dernier, William Burns, alors patron d’un important think-tank, avait donné sa vision d’une diplomatie américaine post-Trump, dont on soupçonne qu’elle est parfaitement compatible avec Joe Biden.

Il y présente les trois options qui s’offrent à l’Amérique d’aujourd’hui, qu’il résume ainsi : 

  • le repli, 
  • la restauration, 
  • la réinvention. 

William Burns souligne qu’il y avait bien des éléments de repli dans la politique d’Obama, mais que son désir de se désengager des conflits sans fin du Moyen Orient s’est heurté à la réalité de cette région ; et que personne n’est prêt à prendre le relai des États-Unis. Exit donc le repli.

La restauration, à l’opposé, serait le fait de renouer avec une politique de puissance classique, avec un leadership américain décomplexé, rejetant l’idée-même du déclin. Mais William Burns se demande si les Américains ont les ressources et les nerfs nécessaires, par exemple, pour une compétition sans limites avec la Chine.

Reste donc la « réinvention », l’option qu’il privilégie dans un monde qui a changé. Il écrit :

Nous vivons dans une réalité différente. L’Amérique ne peut plus dicter les événements comme nous pensions parfois que nous pouvions le faire. 

Cette réinvention passe par deux impératifs : 

  1. bâtir des coalitions dans le monde, avec l’Europe en particulier, c’est le leitmotiv de toutes les déclarations de cette équipe décidément très europhile ; 
  2. et d’autre part, de mener ce que l’administration Biden appelle une « diplomatie pour les classes moyennes ». 

Ca fait un peu slogan marketing, mais ça signifie surtout que les raisons du succès de Donald Trump en 2016 ont été analysées, et que la politique étrangère ne peut être déconnectée du sentiment d’inégalités qu’ont eu les Américains face à la mondialisation.

Ce ne sera pas facile de concilier tous ces impératifs dans un pays divisé et polarisé. Mais au moins Joe Biden s’est-il entouré d’une équipe internationale professionnelle et rassurante, ça nous changera assurément de l’ère Trump.

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