Jeudi se tiendra en France un nouveau conseil des ministres franco-allemand... faut-il en attendre quelque chose ?

En un mot ? Non ou si peu... Pour deux raisons : ce n'est pas l'endroit et surtout, ce n'est pas le moment. Ce n'est pas l'endroit parce que ces grand-messes franco-allemandes sont faites pour mettre en scène l'amitié entre nos deux pays, pas pour l'éprouver.

Et en plus, ce n'est pas le moment des grandes décisions, tant du côté de Paris que du côté de Berlin. Côté français, la séquence est à d'autres arbitrages : sur les futures ordonnances, sur la fiscalité, sur les économies budgétaires

Emmanuel Macron n'a pas forcément envie d'autre chose que d'une chorégraphie parfaitement synchronisée de l'amitié franco-allemande. Il sait qu'i y a plus difficile et plus corsé à venir avec Donald Trump. Donc avec Angela, ce sera sourire et repos.

Côté allemand non plus, ce n'est pas le moment des grandes décisions : la chancelière a des élections à gagner le 24 septembre prochain. Elle veut bien faire des gestes mais qui ne lui coûte rien électoralement. Donc avec Emmanuel, ce sera sourire et repos.

Est-ce que vous voulez dire qu'elle se méfie du président français ?

Contrairement à beaucoup de mes chers confrères je pense que oui. Discrètement, prudemment – comme elle le fait toujours – mais assez clairement en fait. D'abord, on la comprend : Emmanuel Macron est le 3ème président français en 10 ans à lui faire le coup.

C'est-à-dire, à venir à Berlin toutes affaires cessantes, à l'embrasser avec entrain, à lui promettre monts-et-merveilles, à jurer qu'avec lui et elle au pouvoir, tout ira mieux en Europe. Souvenez-vous : on parlait du couple Merkozy jusqu'en 2012.

Eh bien, savez-vous qu'à Bruxelles, on parle déjà avec une certaine ironie du couple Mercron ou Emmangela. Pour elle, c'est donc un peu « retour vers le futur ». D'autant qu'Emmanuel Macron semble prendre un malin plaisir à recevoir ceux qui la tourmentent.

En à peine 2 mois de présidence, il a reçu ou recevra à Paris Vladimir Poutine et Donald Trump ! L'un dit partout que l'Allemagne est « very bad » ; l'autre pourrait vouloir se mêler de sa réélection !

Peut-être est-ce concerté entre les deux...

Vous voulez dire qu'ils jouent au gentil et méchant flic ? Elle gronde, il caresse ? Ce serait une explication. Mais c'est en fait assez mal connaître la chancelière et surtout Emmanuel Macron qui tient à l'Allemagne mais encore plus à son indépendance.

Reprenons : qu'a dit Emmanuel Macron depuis qu'il est à l'Elysée : qu'il saurait élever la voix contre la Pologne et la Hongrie, accusées de manquer de solidarité européenne ; qu'il est prêt à s'opposer à la Chine et aux Etats-Unis pour un commerce libre mais juste.

Et enfin qu'il voudrait plus d'ambition en matière de défense européenne. Sur ces trois sujets, l'Allemagne est réticente. Sur la Pologne, la Hongrie, la Chine, surtout en matière économique, son instinct est de jouer le temps long et l'apaisement.

Après tout, l'économie allemande est entièrement tournée vers l'exportation. Sur les Etats-Unis, elle doit probablement juger qu'il vaut mieux s'imposer à Donald Trump plutôt que de le séduire, façon Emmanuel Macron.

Enfin, en matière de défense, elle s'en tient, comme l'essentiel du peuple allemand, à la bonne vieille vision berlinoise de la souveraineté limitée : ok pour dépenser mais certainement pas pour intervenir.

Autrement dit, pour tout ce qui est important aux yeux d'Emmanuel Macron, elle préférerait attendre, encore un peu. Enfin, Angela Merkel adore l'amour que lui portent les nouveaux présidents français, mais elle préfère les preuves d'amour :

Ein : faites des réformes ! Zwei : faites des économies ! Drei : revenez me voir en septembre, ou en octobre... ou même l'année prochaine ! Et vive l'amitié franco-allemande !

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