L'Allemagne joue la carte gazière russe en doublant à terme le gazoduc Nordstream. Les Américains n'apprécient pas et ne sont pas les seuls en Europe. A tort...

Attaquer l'Allemagne sur sa politique gazière, ce n'est pas une grande nouveauté. Dans les années 80 du siècle dernier, en pleine Guerre froide, Ronald Reagan aussi avait aussi reproché aux Européens de manger dans la main gazière des Russes avec leurs importations à outrance.

Le message avait été reçu avec circonspection mais avec sérieux. L'Allemagne, aujourd'hui attaquée par un autre président américain sur le même sujet, avait justement réduit sa dépendance pour en arriver aujourd'hui à un petit 40 %.

40 % du gaz importé par l'Allemagne est donc d'origine russe. Le reste est grosso modo néerlandais et norvégien. En fait, Donald Trump n'a pas en tête la situation actuelle, mais ce qui se prépare pour demain. C'est-à-dire la construction d'un nouveau gazoduc.

Un gazoduc qui doublera l'actuel Nordstream et doublera donc la capacité d'importation allemande de gaz russe. Or importer de l'énergie, la consommer ou la redistribuer est, bien sûr, un acte économique mais cela reste surtout un acte géopolitique.

Jusqu'à présent le gaz russe passait par l'Ukraine...

En doublant le gazoduc Nordstream, qui court sous la Baltique, et en ouvrant à terme un autre gazoduc au sud, par la Turquie, la Grèce et peut-être même l'Italie, la Russie se défait du robinet ukrainien.

Et prive l'Ukraine de quelques milliards de dollars de redevance. L'Allemagne a beau assurer quelle continuera de s'approvisionner par ce biais, personne n'y croit. Surtout pas le géant gazier russe Gazprom qui a déjà expliqué vouloir abandonner la route ukrainienne.

La question est maintenant de savoir si l'Allemagne agit pour son seul intérêt ou si elle joue collectif sur ce coup-là ? Premier élément de réponse : il y a urgence, en Allemagne plus qu'ailleurs à trouver des sources d'énergies alternatives.

Non seulement le gaz de la Mer du Nord est en train de s'épuiser rapidement mais en plus, en décidant de se priver à court terme d'énergie nucléaire, l'Allemagne a rendu tout urgent.

Or il lui est difficile d'augmenter sa consommation de charbon, très polluant, ou de compter vite sur beaucoup plus d'énergies renouvelables. Quant au Gaz naturel liquéfié américain ou même qatari, il coûte encore 20 % trop cher. Donc la solution est russe.

L'intérêt de l'Allemagne est-il celui de l'Europe ?

C'est exactement pour cela que Donald Trump a choisi cet angle d'attaque : l'Ukraine n'est pas le seul pays européen à voir d'un assez mauvais œil l'entente cordiale gazière entre Berlin et Moscou. D'abord, il y a les Scandinaves.

Ils n'aiment pas ces gazoducs russes qui passe sous la Baltique, littéralement sous leur nez. Ensuite il y a les pays baltes et la Pologne qui investissent à grand frais dans des terminaux pour importer du gaz liquéfié et qui voient l'Allemagne les contourner.

Mais il y a aussi ceux qui en Europe, comprennent le calcul allemand, et j'en fais partie. Aujourd'hui, l'Europe a autant besoin du gaz russe que les Russes de nos euros. L'Europe est irremplaçable, par sa proximité et sa solvabilité, pour les finances russes.

En pérennisant l'importation de gaz russe on pérennise aussi notre influence sur Moscou. Si tant est que l'on continue à diversifier nos approvisionnements. Ce que l'Allemagne n'a pas oublié : elle achève en ce moment même un énorme terminal pour gaz liquéfié. 

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