Tout est vrai. Il est vrai, les faits sont là, que c’est le Hamas qui a relancé, dimanche matin, ce cycle de la violence en organisant une attaque contre un poste militaire israélien. Il est vrai que cette organisation, responsable d’innombrables actions terroristes, voulait ainsi pousser Ariel Sharon à une nouvelle action de représailles afin de torpiller le plan de paix auquel les Premiers ministres israélien et palestinien avaient donné leur accord, quatre jours plus tôt, à Aqaba, en présence de Georges Bush. Il est, enfin, vrai que le Hamas refuse tout règlement fondé sur la coexistence de deux Etats car son objectif proclamé est la destruction de l’Etat d’Israël. Tout cela est vrai mais il est tout aussi vrai qu’Ariel Sharon ne pouvait pas ignorer qu’en tentant, mardi, de faire abattre l’une des principales figures de cette organisation, Abdelazziz Rantissi, non seulement il ferait exactement ce que le Hamas espérait mais provoquerait aussi de nouveaux attentats meurtriers en Israël. Dès hier matin, la presse israélienne, accablée, annonçait la tragédie à venir et il n’a fallu que quelques heures de plus pour qu’un kamikaze fasse exploser un autobus à Jérusalem, seize morts, plus de cinquante blessés – une boucherie, immédiatement suivie, cette nuit encore, de nouveaux raids israéliens à Gaza, neuf morts dont deux terroristes connus. Alors qui est le plus coupable ? Le Hamas qui joue le pire ? Ariel Sharon qui lui prête la main en faisant tirer des missiles dans les rues de Gaza ? Personne, en tout cas, n’est innocent mais la question, ce matin, n’est plus là. Elle est maintenant de savoir ce que vont faire les Etats-Unis car, politiquement parlant, la première victime de cette journée s’appelle Georges Bush. Une semaine exactement avant ce flot de sang, il était monté en première ligne en organisant et présidant le sommet d’Aqaba. Il a fait ce qu’il s’était juré de ne pas faire lorsqu’il était entré à la Maison-Blanche. Il s’est personnellement investi dans ce conflit comme l’avaient fait, avant lui, trois autres Présidents américains. Il l’a fait car il n’avait plus guère le choix tant l’après-guerre est incertain à Bagdad. Presque chaque jour maintenant, un soldat américain meurt en Irak. Ce n’est pas le Vietnam mais, encore quelques semaines, quelques mois, et l’on lira dans les journaux de New York et Washington que l’occupation de l’Irak a fait plus de victimes américaines que la guerre. Les Etats-Unis ont besoin d’un succès au Proche-Orient qui puise, à posteriori, justifier l’opération irakienne. Georges Bush en a encore plus besoin lui-même car les primaires pour la présidentielle de 2004 commencent en janvier prochain, demain, et que la situation économique vient de faire chuter sa côte de popularité de seize points. Après la journée d’hier, il ne peut pas rester bras croisés. Sa crédibilité personnelle et celle des Etats-Unis sont en jeu. S’il ne redresse pas la barre, n’obtient pas au moins un semblant de trêve, la violence israélo-palestinienne risque d’accroître l’instabilité à Bagdad et de la développer dans toute la région. Georges Bush doit agir mais que peut-il faire ? Que peut-il faire sans mobiliser à ses côtés l’Europe, la Russie, l’Onu ? Pour lui, c’est l’heure du test.

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