Avant Rome aujourd’hui, Paris ensuite et puis Londres, Georges Bush était, hier, à Berlin. Il y a parlé de l’Iran pour dire : « Toutes les options restent ouvertes [c'est-à-dire guerre comprise] mais ma préférence va vers une solution diplomatique ». Le président américain a, autrement dit, appuyé la énième visite que le chef de la diplomatie européenne fera, ce week-end, à Téhéran, pour tenter d’ouvrir la voie à un compromis sur la question nucléaire. Accompagné des directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, de Chine et de Russie, Javier Solana présentera à ses interlocuteurs une nouvelle version, enrichie, des coopérations multiples que les grandes puissances seraient prêtes à développer avec l’Iran, y compris dans le nucléaire civil, en échange d’une claire renonciation à sa marche vers la bombe. Publiquement bénie par les Etats-Unis, cette démarche aurait logiquement pu appeler un minimum de courtoisie de la part du président iranien, mais non. Dès hier Mahmoud Ahmadinejad a lancé, de Téhéran, que l’Iran n’échangerait pas « sa dignité contre de telles choses ». En bon français : « Allez vous faire voir ». Aussi invraisemblable que cela paraisse, cette visite est, malgré tout, maintenue pour deux raisons. La première est que, dans cette crise, les grandes puissances portent collectivement la croix des mensonges de Georges Bush sur les armes de destruction massive qu’aurait détenues Saddam Hussein. Toutes, même celles qui avaient condamné l’intervention américaine en Irak, sont aujourd’hui soupçonnées de mentir sur les ambitions nucléaires de l’Iran, de les exagérer au moins. Il leur faut convaincre le monde, opinions et gouvernements. Il leur faut démontrer à l’opinion iranienne que c’est le nucléaire militaire et non pas civil qui fait problème. Les Occidentaux ont également à montrer aux Russes et aux Chinois qu’ils n’épargnent aucun effort de compromis. Non seulement les grandes puissances sont contraintes d’ignorer les provocations d’Ahmadinejad mais elles savent aussi – seconde raison – que la partie est beaucoup plus complexe que les bravades de ce président qui veut devenir le héros du monde arabo-musulman – son David, si l’on ose dire. En réalité, les Iraniens ne décideront rien avant d’avoir vu les premiers gestes du futur successeur de Georges Bush et, comme ils n’approcheront pas de la bombe avant dix-huit mois au moins, on est dans une phase d’attente. Ce week-end, les Iraniens vont écouter, tenter d’enclencher des négociations sans suspendre leurs opérations d’enrichissement de l’uranium. Les choses vont traîner en longueur et il y a, aussi, une présidentielle iranienne, au début de l’été 2009, qui pourrait modifier le paysage. Ce que veut l’Iran, c’est arriver à un grand deal avec les Etats-Unis sur la pérennité de son régime, la stabilisation de la région et le rôle qu’il y jouera. On le savait mais l’Iran commence à le murmurer et il y a un an, pas plus, pour y parvenir.

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